René Schickele : « Pauvre flèche de la cathédrale »[de Strasbourg]

Armer Münsterzipfel

Während der Französischen Revolution stellten die Jakobiner den Antrag, den Münsterturm abzutragen, weil er ein Hohn auf die Gleichheit sei.
Nein! rief ein guter und kluger Mann (in seiner Art freilich ein Sozialverräter), gerade das soll er: alles überragen, damit man ihn von weitem sieht, sogar vom andern Ufer des Rheins. Setzt ihm eine phrygische Mütze auf, und alles ist in Ordnung !
So geschah es. Der Münsterturm überlebte die Schreckensjahre unter dem Schutz einer Jakobinermütze. Sie war aus Blech, und die Leute jenseits des Rheins nannten sie den Kaffeewärmer. 1870 wurde das Kreuz von der preußischen Artillerie krumm geschossen. Man bog es gerade.
Am 9. November 1918 wehte an ihm die rote Fahne. Diesmal hielt es sich gut, es blieb gerade. Die rote Fahne wich der Trikolore. Da machte es sich erst recht steif.
Der neue Bischof von Straßburg fand heraus, daß an Stelle des Kreuzes früher eine Madonna gestanden habe, und wollte sie wieder in ihre Rechte einsetzen. Er fand aber dafür keine Gegenliebe beim Gemeinderat, dessen Mehrheit in einem Kreuz das passendere Symbol für die Heimat erblickte. Das Kreuz rührte sich nicht, bis die Zornesausbrüche der Nationalkatholiken gegen ihre autonomistischen Glaubensbrüder etwas fertig brachten, was nur der preußischen Artillerie geglückt war: das vielgeprüfte Kreuz bog sich vor Kummer und muβ jetzt von kommunistischen Arbeitern wieder aufgerichtet werden“.

René Schickele : Die Grenze in Werke in drei Bänden Dritter Band pp 635-637
Pauvre flèche de la cathédrale

« Pendant la Révolution française, les Jacobins avaient proposé de déposer le sommet de la Cathédrale [de Strasbourg] parce qu’il tournerait en dérision l’idée d’égalité.
Non ! s’écria un homme bon et intelligent (à sa manière sûrement un social-traître) c’est précisément sa fonction : être au-dessus de tout, afin qu’on le voie de loin, y compris de l’autre rive du Rhin. Coiffez-le d’un bonnet phrygien et tout rentrera dans l’ordre!
Il en fut fait ainsi. Le clocher de la cathédrale survécu aux années de terreur sous la protection d’un bonnet phrygien. Il était en fer blanc et de l’autre côté du Rhin les gens l’appelaient le couvre-cafetière. En 1870, la croix fut tordue par l’artillerie prussienne. On la remit droite.
Le 9 novembre 1918, flotta, accroché à elle, le drapeau rouge. Le drapeau rouge vira tricolore. Elle se raidit plus encore. Elle se comporta bien et resta droite. Le nouvel évêque de Strasbourg découvrit qu’à la place de la croix se trouvait autrefois une madone et il voulut la rétablir dans ses droits. Mais sa proposition n’eut pas d’accueil favorable de la part du Conseil municipal qui voyait dans la croix un meilleur symbole pour la heimat. La croix ne bougea pas jusqu’à ce que les éruptions de colère des nationaux-catholiques contre leurs frères en religion autonomistes réussirent ce que n’avait obtenu que l’artillerie prussienne : la croix très éprouvée se tordit de chagrin et doit maintenant être remise d’aplomb par des ouvriers communistes »

René Schickele : Die Grenze in Werke in drei Bänden Dritter Band pp 635-637. Traduction Bernard Umbrecht

Je ne reviendrai pas ici sur la constitution de Conseils d‘ouvriers et de soldats en Alsace ni ne m’attarderai sur l’épisode du drapeau rouge sur la cathédrale de Strasbourg. J‘en ai déjà parlé avec des textes de Alfred Döblin, Carl Zuckmayer, Louis Aragon, etc. Cela se passait entre le 13 et le 20 novembre 1918 . Je me contenterai de rependre une courte citation de Döblin :

Depuis midi le drapeau rouge flottait sur la tour de la cathédrale, mais l’orgue n’en jouait pas mieux pour autant. Seuls quelques passants levèrent les yeux ».

Le récit de Schickele étrangement peu connu, Pauvre flèche de la cathédrale,  est drôle dans sa profondeur historique franco-allemande. Il est admirablement construit. Comme un conte. Schickele est à sa façon aussi un rassembleur d‘histoires. L‘auteur établit un lien entre les deux révolutions, la française de 1789 et l’allemande de novembre 1918, réunies à travers plus d’un siècle d’histoire autour de la flèche de la cathédrale de Strasbourg. Cette association est caractéristique de l’esprit de l‘écrivain alsacien qui ajoutera quelques grelots à son bonnet phrygien pour jouer le fou – shakespearien – de Karl Marx.

René Schickele (1883-1940), citoyen français und deutscher Dichter, Gallischer Geist et poète allemand, né à Obernai, d’une mère « authentiquement française » qui n’a jamais voulu apprendre l’allemand et d’un père authentiquement « alaman », n’a cessé de revendiquer cette double origine qui devait marquer son devenir. „Mon origine est mon destin“ affirmait-il. Et il reste fidèle à cette démarche comme on peut le lire dans le texte ci-dessus.

Là où Döblin écrit à propos du caractère éphémère de la Révolution de novembre 1918 en Alsace que

«cela ne venait pas seulement de la présence de la cathédrale, de l’existence de charmants canaux paisibles, de l’Ill avec ses lavandières, des nombreuses brasseries où coulait encore un vin dont ils avaient été si longtemps privés … Cette Alsace, leur patrie chérie, donnait bien du fil à retordre à nos révolutionnaires. Ils n’arrivaient pas à placer leur marchandise »,

Schickele a une tout autre explication :

« Quand on s’interroge sur les raisons de l’accueil enthousiaste des Français [après l’armistice du 11 novembre 1918], on peut invoquer une pleine douzaine de raisons dont la plupart ont un poids important. Je veux cependant faire observer que l’arrivée des Français est apparue aux Alsaciens écorchés comme le triomphe visible et solide de la révolution. Ils se sont défaits de leur joug : la guerre et l’administration allemande (qu’ils n’avaient connue depuis quatre année que comme dictature militaire), en même temps cette révolution avait les couleurs auxquelles le pays bourgeois aspirait. Les conseils d’ouvriers et de soldats disparurent sur le champ. Ce que Noske avait conquis sanguinairement en Allemagne, il n’en fut même pas question en Alsace. Les Alsaciens avaient leur révolution et c’était l’armée française qui la garantissait ».

(René Schickele : Die Grenze Werke in drei Bänden Dritter Band p 595  Traduction provisoire Bernard Umbrecht)

En outre, ajoute-t-il encore, la nouvelle république allemande n’inspirait pas confiance en son sérieux et contenait la crainte d‘une bolchévisation. Cette dernière dimension n‘est pas facile à saisir chez Schickele si l‘on reste en empathie avec l‘auteur. Cela en raison de son contexte géopolitique et de la bascule qui s‘opère très rapidement envers le nouvel ennemi des puissances occidentales, la révolution bolchévique. Cette contextualisation me semble manquer alors que l‘on trouve cela évoqué, par exemple,  chez Thomas Mann :

« En 1918, le maintien du blocus, après la capitulation de l’Allemagne, servit aux puissances occidentales à contrôler la révolution allemande à la retenir dans l’ornière de la bourgeoisie démocratique et à l’empêcher de se tourner vers le prolétariat russe. L’impérialisme bourgeois, victorieux, n’eut pas assez à mots pour dénoncer l’«anarchie », refuser toute négociation avec des conseils d’ouvriers, de soldats, et autre groupements analogues, pour affirmer qu’on ne pouvait conclure la paix qu’avec une Allemagne « stable » et que seule une telle Allemagne serait ravitaillée. Ce que nous possédions comme gouvernement se conforma à ces indications paternelles, prit parti pour l’Assemblée nationale contre la dictature du prolétariat et repoussa docilement les offres des Soviets, même lorsqu’il s’agit de livraisons de céréales ».

Thomas Mann Le docteur Faustus Poche p 406

L‘anti-bolchévisme de Schickele est, lui, motivé d‘abord à partir d’une démarche profonde en lui, l’abjuration radicale de toute forme de violence. Il était pacifiste non seulement face à la guerre mais également à l‘égard des révolutions.
Il m’a semblé intéressant de verser dans la discussion que nous devrions finir par avoir un jour, mais peut-être pas, cette idée qu ‘un tiens vaut mieux que deux tu l’auras appliqué aux révolutions et l’hypothèse que le peu d’intérêt en Alsace pour la révolution de novembre 1918, qui était d’abord une révolution pour la paix, a peut-être pour origine qu’ils en avaient déjà une, solidement garantie, alors que la révolution allemande, incertaine, n’apportait pas grand-chose de plus. Quelques avantages sociaux sans doute : la journée de huit heures et le vote des femmes bien avant la France. René Schickele qui en a été très déçu pour y avoir participé à sa manière, – il était le 9 novembre très actif à Berlin – l’a qualifiée de « bourgeoise ».
La cathédrale de Strasbourg s’en est remise, pour l’orgue, je ne sais pas, quant à l’Alsace, ce n’est toujours pas le cas.

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