Cartes postales de Hambourg / suite 2

 

Comme annoncé , j’ai eu l’occasion à Hambourg d’assister à la représentation de Faust I+II de Goethe au Thalia Theater (co-production avec le Festival de Salzbourg). Les quelques images ci-dessus, extraites d’une répétition publique, donnent une idée de ce que huit heures de théâtre (trois pauses inclues) peuvent avoir de décoiffant. Pas de temps pour la fatigue. La mise en scène de Nicolas Stemann confirme le tournant radical dans la lecture de Faust en Allemagne.

« Le texte est le coyote » (Heiner Müller)

Je ne vais pas décrire cette mise en scène foisonnante surtout dans la deuxième partie – on peut voir, par exemple un homonculus en papamobile – pour me concentrer sur le constat que même le plus classique des textes de la littérature allemande comme le Faust de Goethe peut (re)devenir coyote. Qu’est-ce à dire ?

En 1974. Josph Beuys s’était fait enfermer pendant trois jours dans une pièce avec un coyote sauvage. Cette performance est devenue pour Heiner Müller « une métaphore idéale pour la relation que le comédien doit entretenir avec le texte, le texte est le coyote (…) Et on ne sait comment celui-ci va se comporter. Chaque comédien doit se comporter avec le texte comme Beuys avec le coyote »

Et c’est bien ce qui se passe. Le texte et Goethe lui-même deviennent coyote. Et ils ont à nouveau un destinataire.

Le comédien Sebastian Rudolph (à la fois Faust, directeur de théâtre, auteur, Dieu, Mephistophéles) arrive sur scène, le classique des classiques à la main, dans la petite édition jaune de chez Reclam que tout élève allemand connaît. Mais ce n’est pas pour affirmer une fidélité au texte mais pour l’affronter, vaincre la peur de s’attaquer à ce monument, à la surpuissance du texte dont on nous a appris dans un mensonge élitiste qu’il était trop difficile pour la plupart d’entre nous, bref à se comporter avec le texte comme Beuys avec le coyote. Le livre est déchiré, détachés en morceaux, les pages recollées, les morceaux réagencés ou remis en ordre. Cette fragmentation déplombe le texte, le débarrasse des souvenirs scolaires, des anciennes interprétations. Arrive un second comédien (Philipp Hochmair) lui aussi personnifiant des personnages multiples et expérimentant d’autres interprétations possibles. Il y a enfin aussi du Méphistophélès chez Marguerite jouée par Patrycia Ziolkowska. A la fin de la vidéo ci-dessus, elle est ce que l’on traduit par le mâle (der Kater, en fait le macaque) dans la cuisine des sorcières. Elle dit : « voici le monde, la boule monte et descend ».

Nous passons de Faust I, le petit monde, à Faust II, le grand monde et la déconstruction se poursuit au risque parfois de la confusion et de quelques incompréhensions de ma part. Je n’ai pas compris par exemple pourquoi la création de papier monnaie se fait en dollars et non en euros.

D’autres mises en scène nouvelles des deux parties de Faust sont à l’ordre du jour. Il y en a une dont la première a déjà eu lieu à Zürich, avec un complément d’Elfriede Jelinek, une autre est annoncée à Frankfort pour la rentrée. Il se passe quelque chose au pays de Goethe qui a longtemps ignoré –sauf en RDA- la seconde partie de Faust.

Print Friendly, PDF & Email
Ce contenu a été publié dans Théâtre, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *