#chronique berlinoise (4) : Berlin est une araignée d’eau

Évoquant à propos de Berlin «une sorte de dispersion de l’espace», Jean-Christophe Bailly avait fait référence au livre de Hanns Zichler : Berlin est trop grand pour Berlin. J’ai pu, d’occasion, me le procurer. Il épuisé. Je vous en propose l’extrait sur Berlin, ville flottante. Les diagrammes proviennent du même livre.
Schémas Villes
« L’urbaniste parisien Eugène Hénard a réalisé au tournant de ce siècle [20ème] des diagrammes pour quatre villes européennes qui, du fait de leur grand degré d’abstraction et parce qu’ils sont réduits aux vecteurs des axes, proposent pour le développement urbain de chacune des villes prise
individuellement une image dynamique de leurs flux. Si l’on songe à ce qui a été dit d’un Berlin amphibie, mou, fluide, dominé par les voies d’eau, les diagrammes de Hénard sont particulièrement féconds : alors que sur les plans de Moscou, de Paris et de Londres les fleuves figurent emblématiquement, le fleuve est absent de celle de Berlin. Ce lapsus cartographique porte en lui une vérité (hydrogéographique) : ce n’est pas une eau, un cours d’eau, un fleuve qui traverse la ville et qui se serait laissé domestiquer par elle, mais la ville elle-même qui flotte sur une immense étendue d’eau et dont la vie est régulée par ses eaux et ses hauts-fonds. Berlin est devenu une terre à force de sable accumulé peu à peu par des fleuves indolents aux bras nombreux. Berlin est une île et des marécages camouflés en ville, Les réductions magistrales de Hénard éventent le secret organique du corps urbain. Tandis que l’ourse mythologique de Gertrud Kolmar fait encore jouer l’enfant de la ville au bord du fleuve … Et montrait des mousses brunes, / lui donnait des cailloux gris et des branches de pin / Pour jouer, le sobre dessin de Hénard propose le contour d’un étrange animal. Il est peut-être le seul à pouvoir évoluer sur l’eau comme si c’était de la terre ferme : l’araignée d’eau. Comme l’araignée, Berlin se tient sur les eaux dont le cours déterminera le canevas du réseau de ses transports en commun. Ce qui chez Hénard est encore groupé, loin à l’est, autour de deux anneaux concentriques, s’agrandit et se déporte beaucoup plus loin au cours de ce que l’on a appelé la marche vers la périphérie, surtout en direction du sud-est et du nord-ouest. Mais le bord mystérieux est la Havel, au-delà commence le désert brandebourgeois, la boîte à sabler pour les jours de gel».
Extrait de : En considérant les diagrammes de systèmes de voiries (1908) d’Eugène HENARD in Hanns Zischler : Berlin est trop grand pour Berlin. Traduction Jean-François Poirier. Postface Jean-Christophe Bailly. Editions Mille et une nuits 1999. Epuisé
Les précédentes chroniques berlinoises :
#chronique berlinoise 1 : Au son d’une lyre crétoise
#chronique berlinoise 2 : Eclats d’une ville par Laurent Margantin
#chronique berlinoise 3 : Jean-Christophe Bailly / Bernard Plossu : Berlin 2005
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