
Lavis d’Albrecht Dürer, Traumgesicht. 1525. Kunsthistorisches Museum, Vienne, Autriche. L’image se trouve dans l’un des cahiers du peintre
Transcription du texte manuscrit et sa traduction
Im 1525 Jor nach dem pfinxstag zwischen dem Mitwoch und pfintzdag in der nacht im schlaff hab ich dis gesicht gesehen wy fill großer wassern vom himmell fillen Und das erst traff das erthrich ungefer 4 meill fan mir mit einer solchen grausamkeitt mit einem uber großem raüschn und zersprützn und ertrenckett das gannz lant In solchem erschrack ich so gar schwerlich das ich doran erwachett edan dy andern wasser filn Und dy wasser dy do filn dy waren fast gros und der fill ettliche weit etliche neher und sy kamen so hoch herab das sy im gedancken gleich langsam filn. aber do das erst wasser das das ertrich traff schir herbey kam do fill es mit einer solchen geschwindigkeit wynt und braüsen das ich also erschrack do ich erwacht das mir all mein leichnam zitrett und lang nit recht zu mir selbs kam Aber do ich am morgn auff stund molet ich hy oben wy ichs gesehen hett. Got wende alle ding zu besten.
L’année 1525, dans la nuit du mercredi au jeudi après la Pentecôte, je vis en rêve ce que représente ce croquis ; une multitude de trombes d’eau tombant du ciel. La première frappa la terre à une distance de quatre lieues ; la secousse et le bruit furent terrifiants, et toute la région fut inondée. J’en fus si éprouvé que je m’éveillai. Puis, les autres trombes d’eau, effroyables par leur violence et leur nombre, frappèrent la terre, les unes plus loin, d’autres plus près. Et elles tombaient de si haut qu’elles semblaient toutes descendre avec lenteur. Mais, quand la première trombe fut tout près de terre, sa chute devint si rapide et accompagnée d’un tel bruit et d’un tel ouragan que je m’éveillai, tremblant de tous mes membres, et mis très longtemps à me remettre. De sorte qu’une fois levé, j’ai peint ce qu’on voit ci-dessus. Dieu tourne pour le mieux toutes choses.
(Traduction reprise de l’essai de Marguerite Yourcenar : Le temps, ce grand sculpteur / Essais. Gallimard 1983. V. Sur un rêve de Dürer. 1977).
Il y a longtemps que j’ai ce document par devers moi et, depuis, il m’intrigue. Et c’est une bonne occasion d’en parler. J’en avais pris connaissance pour la première fois dans le livre de Peter Blickle : Der Bauernkrieg. Die Revolution des gemeinen Mannes. Quel rapport avec la « guerre des paysans » ? Je vais tenter sinon de l’expliquer du moins de défricher quelques éléments contextuels. L’aquarelle est aussi importante du point de vue du rêve. Elle a quelque chose de surréaliste. Comme le note Marguerite Yourcenar, dans l’essai cité :
« On a du passé peu de rêves authentiques ; j’entends de ceux que le rêveur lui-même a notés hâtivement à son réveil. […] Nous avons pourtant d’un homme du XVIe siècle le récit extraordinaire d’un rêve qui n’est qu’un rêve, accompagné, qui plus est, d’un croquis à l’appui. On le trouve dans le Journal de Dürer.[…]
Examinons le croquis, le lavis plutôt, qui reproduit ce rêve. L’énorme trombe pareille à un empilement de nuages noir-bleu fait involontairement penser un homme d’aujourd’hui à un champignon atomique; rejetons cette trop facile anticipation. Le paysage semble écrasé d’avance sous les coulées bleu sale qui tombent verticalement du ciel ; la terre et l’eau déjà déversée se mélangent en un brun boueux et un glauque trouble ; s’il fallait absolument identifier ce lieu à un endroit quelconque du monde, on penserait à la plaine lombarde, que Dürer a plus d’une fois traversée, à cause de ces quelques arbres clairsemés, vaguement présents dans cette atmosphère de catastrophe, mais qu’on sent plantés et peut-être taillés de main d’homme. Très loin, rapetissées par la distance, à peine visibles au premier regard, quelques bâtisses brunâtres se pressent au bord d’un golfe, prêtes, à ce qu’il semble, à retourner à l’argile. Ce qui va être détruit n’est pas particulièrement beau ». (Marguerite Yourcenar : oc)
C’est un peu plus qu’un simple rêve. Fascinant aussi de constater que Albrecht Dürer y enregistre des sons, évalue les distances et les vitesses. Mais ce que Marguerite Yourcenar ne relève pas, c’est l’importance de la datation du rêve. Cela n’a pas tout à fait échappé à l’écrivain et critique d’art Michel Butor sans qu’il ne se souvienne cependant ne serait-ce que de l’année :
« Un des plus beaux [rêves], c’est cette magnifique aquarelle d’Albrecht Dürer, qui dit que c’est le rêve qu’il a fait dans la nuit du tant au tant. Dans la littérature, nous avons des récits de rêves, qui sont quelquefois des récits datés, mais c’est beaucoup plus rare que ce qu’on pourrait croire, parce que le rêve se refuse en quelque sorte au langage ».
(Michel Buror : Des profondeurs. Texte extrait de la rencontre organisée dans le cycle Impromptu au Petit Palais, à Paris, le jeudi 12 novembre 2009, et diffusée en direct sur France Culture puis podcastée dans Les Chemins de la connaissance, à l’occasion de la parution de Allemand et Butor, 2009)
Quelle est donc cette date ? La nuit du mercredi au jeudi après la Pentecôte, c’est à dire la nuit du 7 au 8 juin 1525. A ce propos, Peter Blickle écrit dans l’ouvrage cité :
« Une bonne semaine avant, Thomas Müntzer avait été exécuté à Mühlhausen en Thuringe. Cela avait été précédé de deux jours par la prise d’assaut de la ville, et encore dix jours avant, à proximité de Frankenhausen, les paysans de Thuringe avaient été massacrés. La même semaine, le duc de Lorraine avec les batailles des 16, 17 et 20 mai avait laissé une traînée de sang à travers l’Alsace. Cinq jours avant le rêve s’est déroulé la bataille de la proche Königshofen, et trois jours avant, celle d’Ingoldstadt.
Rêve de Dürer ?
Des centaines de milliers de paysans morts – le chiffre circulait dans l’empire et constituait en gros la somme de ce que les rumeurs avaient rapporté des batailles. […]
Peu d’événements de l’histoire allemande ont laissé de traces aussi profondes dans l’art comme l’a fait la guerre des paysans » (o.c. p.103).
Thomas Müntzer, qui était passé dans la ville de Dürer, Nürnberg (Nuremberg), l’année précédente accordait beaucoup d’importance aux songes. Pour lui, en opposition à la suprématie de l’écriture, la foi restait une expérience subjective qui passe par le rêve. Albrecht Dürer, bourgeois de Nürnberg avait, comme la ville, adopté la Réforme tout en se méfiant bien entendu des tendances iconoclastes. Son rêve semble scander l’écho des batailles :
Puis, les autres trombes d’eau, effroyables par leur violence et leur nombre, frappèrent la terre, les unes plus loin, d’autres plus près.
Peter Blickle parle ensuite d’un autre peintre et graveur de Nürnberg, Barthel Beham. Ce dernier, avec son frère cadet Sebald et Georg Pencz, un employé-apprenti de l’atelier de Dürer, furent proches des idées de Thomas Müntzer. Ils seront jugés en janvier 1525 comme « peintres impies » et expulsés de Nuremberg. On peut ajouter le sculpteur Tilman Riemenschneider dont la légende voulait que ses mains fussent écrasées en prison pour avoir soutenu le soulèvement, le peintre Jörg Radgeb dont on dit qu’il fut écartelé, l’écrivain humaniste Hans Denk banni de la ville, etc. Tous trop müntzériens, Bonjour l’ambiance.
Barthel Beham dessine, en 1525, la gravure ci-dessous, transformant en cauchemar un thème favori de la Renaissance, un paysage dans lequel repose paisiblement un nu féminin :

Barthel Beham (1502-1540) : Der Welt Lauf oder Die schlafende Justitia (Ainsi va le monde ou Justice endormie), 1525, estampe. Collection RosenWald, National Gallery, Whashington.
Le visage de souffrance de cette femme endormie et enchaînée avec l’allégorie de la justice anéantie, la balance à terre et le glaive emporté par un loup, symbolise l’état du monde (Der Weltlauf). Et elle nous parle encore aujourd’hui. L’image, qui a l’origine portait l’inscription 1525, est révélatrice du profond traumatisme produit par l’anéantissement brutal des bandes insurgées. Il y a d’autres exemples, et pas seulement dans l’art.
Un ami de Albrecht Dürer, Kaspar Nützel, membre comme lui du patriciat de Nürnberg et du conseil de la ville écrivit au duc Albrecht de Prusse. Concédant que, certes, les insurgés avaient franchi des limites, celles-ci l’avaient été également, et au-delà de toute raison, par la répression.
« Aucune personne dotée de raison ne peut nier la bêtise, la manière non chrétienne (uncristenlich) et démesurée » avec laquelle l’autorité (Oberkeit) a traité ses sujets.
Dans la même missive, il écrit qu’il doute que :
„ob auch die Straf, so daruf gegen inen mit Entleibung, Verprennung, Nemung irer Hab und Guter, Witwen- und Weisenmachen, in das Elend zu verjagen und ander grausamlicher Verfolgung“ angemessen und dem Frieden dienlich sei und nicht vielmehr das „Pluet der armen umbkumen Unschuldigen umb Rach gen Himel schreien und Gott zu einem schwerlichen Widergelten mussigen wird“.
«la punition, qui consiste à leur prendre la vie, à les brûler, à confisquer leurs biens, à faire des veuves et des orphelins, à les chasser dans la misère et les soumettre à d’autres persécutions cruelles » soit appropriée et serve la paix. Ne faut-il pas plutôt considérer que « le sang des pauvres innocents tués crie vengeance au ciel et oblige Dieu à une terrible réponse ».
(Cité par Werner Paravicini : Adelsherrschaft in der Krise: der Bauernkrieg von 1525)
Comme je l’ai déjà signalé, la sauvagerie était telle que même un chef mercenaire comme Asche von Cramm en fut ébranlé. Il avait mené un détachement de l’armée saxonne à Frankenhausen. Après la victoire, il plaide auprès du prince-électeur de Saxe pour la clémence et la protection des prisonniers.
Le secrétaire et hagiographe du duc de Lorraine, Nicolas Volcyr de Sérouville, notait à propos de la bataille de Lupstein :
« Le massacre fut très cruel. Le sang mélangé à l’eau de pluie coulait dans les ruelles du village : c’était un horrible spectacle. »
Nous avons vu aussi les efforts de la ville de Bâle pour éviter un bain de sang en haute Alsace. On peut en citer d’autres qui ne semblent pas admettre que les massacres soient un jugement divin. Tout cela me semble bien opposé à l’appel au meurtre de masse de Martin Luther dans son pamphlet Contre les bandes pillardes et meurtrières des paysans :
« tous ceux qui le peuvent doivent assommer, égorger et passer au fil de l’épée, secrètement ou en public, en sachant qu’il n’est rien de plus venimeux, de plus nuisible, de plus diabolique qu’un rebelle »
Dans l’image, note encore Marguerite Yourcenar,
« pas de symbole religieux rajouté en marge, pas d’anges vengeurs signifiant la colère de Dieu; pas d’emblème alchimique des forces qui vont vers le bas, inutile en présence de la terrible gravitation des cataractes. Pas de méditation humaniste non plus, tragique comme chez Michel-Ange, mélancolique comme elle le sera chez Poussin, sur le tout et le peu que nous sommes en présence de l’univers déchaîné. À moins toutefois que le meilleur de la notion d’humanisme ne soit inclus dans cette capacité, même en rêve et au sein d’une sorte d’angoisse ontologique, de continuer à jauger. »
Dieu tourne pour le mieux toutes choses, écrit Dürer à la fin de son texte.
« Le récit, lui, se termine par une formule pieuse, mise là par l’homme éveillé de son rêve. Elle nous rappelle, si nous étions tentés de l’oublier, que Dürer était chrétien, et l’était pour ainsi dire deux fois, en tant qu’héritier et sublime interprète de la piété médiévale et en tant que bourgeois de Nuremberg accueillant vers la fin de sa vie la Réforme. Elle peut au choix s’interpréter comme une formule propitiatoire quasi machinale, assertion plus ou moins sincère d’un optimisme fondé sur la bienveillance divine, aussi peu concluante qu’un distrait signe de croix, ou, au contraire, comme un acte de soumission très réfléchi à l’ordre des choses, partout caractéristique de tout grand esprit authentiquement religieux, Marc Aurèle acceptant ce que veut l’univers, Lao-tseu d’accord avec le vide et Confucius avec le Ciel. Mais cet « au contraire » est de trop. Nous devinons que la confiance ingénue et l’adhésion impersonnelle se rejoignent quelque part, à des profondeurs de la nature humaine où le principe de contradiction ne pénètre pas. Telle quelle, cette mantra chrétienne a sans doute aidé Dürer à émerger indemne de son terrible songe. » (Yourcenar : texte cité)
Reste que ce contexte déprimant mais bien réel, pour Dürer et pour nous, ne dit pas la signification que l’on pourrait donner au rêve. Une catastrophe cosmique ? Ces trombes d’eau lavent-elles le sang versé ? Difficile à croire. Déluge ? Des images de déluges ne manquaient pas. On les trouvait dans les prédictions annonciatrices de la catastrophe de 1524-25. Ainsi celle de Leonhard Reynmann qui la prévoyait pour 1524 :
Sous le signe de la constellation des poissons, la rencontre entre l’ordre supérieur de l’empereur, du pape, des cardinaux, à droite et un groupe de paysans armés à gauche. Dans le corps du poisson à l’avant la rencontre en février 1524 de la Lune, du Soleil, de Saturne, Jupiter, Mars et Venus associés à une mort annoncée. Le groupe de paysans accompagné de musiciens semble dirigé par un vieil homme avec des béquilles et une faux symbolisant le dieu Saturne, le dur labeur, la mélancolie, le malheur. Du poisson sortent des trombes d’eau qui inondent la ville.
Le rêve de Dürer signale-t-il que la catastrophe, le déluge a bien eu lieu ? Cela ne me paraît pas impossible. Il est temps de se pencher sur un autre document : le projet de monument que Dürer a élaboré la même année, cette fois sur le thème bien précisé de la « guerre des paysans ».
Le monument de la « guerre des paysans »

Albrecht Dürer : projet de colonne des paysans avec la colonne et son piédestal ici associés mais figurant en deux planches séparées dans son manuel destiné aux peintres et aux artisans : Instructions pour la mesure, à la règle et au compas, des lignes, plans et corps solides. (Underweysung der Messung, mit dem Zirckel und Richtscheyt, in Linien, Ebenen unnd gantzen corporen) paru en 1525.
Le dessin de Dürer s’intitule Projet de colonne commémorative d’une victoire sur les paysans. Monument de victoire ? Le titre ne semble pas correspondre au contenu du projet. A moins que…
Dürer commente lui-même son croquis. Sur le premier socle de 20 pieds de large (1 pied équivaut à 30 cm environ) et 1 pied de haut, des bœufs, des moutons, des cochons et aux quatre coins d’ un deuxième socle des paniers contenant les produits du travail de la paysannerie : fromage, beurre, œufs oignons, herbes « ou tout ce qui te viendra à l’esprit » (kes/butter/ayer/ zwiffel und krueter oder was dir zufelt).
La colonne proprement dite repose sur un coffre qui se rétrécit vers le haut. Il porte l’inscription anno 1525. Il est surmonté d’une marmite renversée puis d’une jarre à fromage, d’un tonneau à beurre, un pot à lait sur lequel se trouvent une série d’outils de labourage et de récolte, enfin une cage avec laquelle les paysans transportent les poules au marché et, sur celle-ci, un pot à saindoux renversé où est assis un paysan accablé avec une épée enfoncée dans le dos (ein trauretten Bauren darauff der mit einem swert durchstochen sey). Il ne semble pas encore mort.
« Une épée bonne et bien aiguisée peut servir à la justice comme au meurtre. L’épée est-elle pour autant meilleure ou pire ? Il en va de même des arts » avait écrit Albrecht Dürer (Vom Nutzen des Wissens in Schriften und Briefe). L’épée peut-être glaive de justice emporté par un loup comme chez Beham ou coup lâche porté dans le dos d’un démuni chez Dürer. Examinons de plus prêt le sommet de la colonne :
Le paysan est poignardé dans le dos mais ne porte lui-même pas d’arme. Victime d’une traîtrise ? Il se peut. Par qui ? Ce n’est pas dit. Légèrement penché en avant, il soutient sa tête qui porte un chapeau, une attitude qui en rappelle d’autres comme on le verra plus loin. Il porte un pantalon troué au genou, l’une des chaussures usée laisse sortir ses doigts de pieds.
Par comparaison avec cette figure de paysan démuni et accablé, voici, dans un contraste saisissant, celle que pouvait dessiner Dürer un peu plus de 10 ans plus tôt, des êtres bien en chair :

Albrecht Dürer : Marktbauer und sein Weib. Couple paysan au marché Staatsgalerie Stuttgart, Graphische Sammlung,
Dürer avait contribué à donner bonne figure aux paysan.ne.s jusque là médiatiquement absent.e.s. La pose de l’homme sur la colonne fait penser à deux autres gravures de l’artiste. On observe une frappante similitude avec la Petite Passion et son Christ crucifié assis sur un coffre dans une attitude de tristesse mélancolique qui en évoque une autre encore : la Melencolia I avec, comme pour la colonne, un rapport aux outils de travail.
Souffrance et mélancolie donc, dans les trois cas. La mélancolie, je le rappelle, n’est pas bien vue des religions.
La colonne de la « guerre des paysans » est tout sauf un arc de triomphe ou une colonne de la victoire, peu honorable par ailleurs. Vaincre les paysans n’était pas un titre de gloire. Si le projet de Dürer n’est pas une prise de parti en faveur des paysans, il ne célèbre pas non plus la victoire de leurs adversaires.
« C’est un acte artistique de compassion et une protestation silencieuse contre la façon dont les armées des princes ont massacré en masse les paysans et les ont soumis sans pitié à une justice de vainqueurs. »
(Thomas Kaufmann : Der Bauernkrieg. Ein Medienereignis [La guerre des paysans. Un événement médiatique] Verlag Herder. 2024. S. 317)
C’est aussi, bien qu’enfoui dans un volumineux manuel technique de mesure, un geste mémoriel par delà le manichéisme religieux du bien et du mal. Dürer avait écrit :
„Welicher ein victoria auf richten wolt darumb das er die aufruerischen bauren vberwunden het der moecht sich eins solichen gezeugs darzuo gebrauchen / wie jch hernach leren wil …“
« Si quelqu’un veut dresser un monument de victoire parce qu’il a soumis les paysans rebelles, il devra utiliser les éléments que je vais enseigner… »
Et si un vainqueur s’était avisé à le construite ainsi que le suggérait Dürer, cela aurait été pour lui un monument de la honte.
Quant à la vision de rêve et son texte présentés au début, l’historienne d’Oxfort, Lyndal Ropper les reprend aussi en y voyant l’expression du cauchemar refoulé de la « guerre des paysans ». Laissons leur cependant à la fois leur mystère et leurs possibles résonances actuelles. Et après tout, les images de ce qui provoque des traumatismes de guerre sont de retour dans l’actualité que ce soit à Gaza, en Ukraine ou ailleurs.
500 ans plus tard, le projet de Dürer a été réalisé à Mühlhausen, en bronze, par le sculpteur Timm Kregel. Il a été financé par des dons, une subvention de la ville et une contribution du loto. Il est situé devant la Kornmarktkirche, l’église du marché aux grains.
Prochain et dernier article : La « guerre des paysans (12 et fin) Un épilogue et un film documentaire



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