La nuit de Walpurgis, le 30 avril

Image extraite du livre de Johannes Praetorius, une publication de 1668, qui a popularisé la légende de la Nuit de sabbat sur le Brocken dans les montagnes du Harz en Thuringe.

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Kommt mit Zacken und mit Gabeln , wie der Teufel den Sie fabeln ! / Venez avec fourches et piques comme le diable, objet de leur fabulation.

Extrait de la Première nuit de Walpurgis Opus 60 pour solistes chœur et orchestre de Félix Mendelssohn Bartholdy. Texte de Goethe. Gewandhausorchester de Leipzig sous la direction de Kurt Masur. Pour le texte, voir à la fin.

En maints endroits encore en Allemagne se fête, le 30 avril, la Nuit de Walpurgis, non sans, bien entendu, qu’elle soit drapée de l’air du temps. Elle existe donc aussi bien dans sa variante commerciale que revendicative. A Berlin, les habitants du quartier de Wedding sont invités la veille du Premier Mai  à une « Nuit de Walpurgis anticapitaliste ».

La Nuit de Walpurgis a été rendue célèbre par le Faust de Goethe qui en contient deux. Mais cet aspect ne sera pas traité ici au profit d’un retour à la légende d’origine sans abandonner Goethe pour autant dont une ballade a inspiré Felix Mendelssohn. Elle est connue sous le nom de Première nuit de Walpurgis traduite par Gérard de Nerval par Première nuit du Sabbat

La nuit de Walpurgis est à l’origine une des ces fêtes traditionnelles qui célèbrent la fin de l’hiver. On entend rire le mois de mai, la forêt est libérée de la neige et des glaces. Cela date de l’époque où l’année commençait le premier mai et où l’on célébrait Wotan, le dieu des Germains. Les masques, le feu, le bruit servaient à chasser les mauvais esprits.

C’est la christianisation qui a introduit Sainte Walpurge ou Walburge, du nom d’une abbesse et missionnaire anglaise qui vécut entre 710 et 779 et qui fut canonisée par le pape Hadrien II au cours du IXème siècle. Sa fête a ainsi été fixée au Premier mai devenu depuis sur le calendrier Fête du travail

Dans une ballade, Goethe dramatise la tension entre les rites païens et chrétiens. Les rites du nouvel an des druides sont persécutés par les chrétiens conquérants qui veulent imposer ceux de la nouvelle religion. (Ils massacrent nos pères nos enfants). Mais c’est aussi une mascarade. Les adeptes de l’ancienne religion inventent un stratagème pour faire peur à ces idiots de curés chrétiens en retournant contre eux leur propre croyance. Puisqu’ils croient au diable, on va leur en donner. Le plus drôle est que ça marche. Les chrétiens voient passer au dessus de leur tête les hommes-loups et les femmes dragons.

Cette ballade a fortement inspiré Mendelssohn qui a rencontré Goethe plusieurs fois. Le poète en décrit la symbolique dans une lettre au compositeur :

« Elle  porte sur un phénomène qui se répète constamment dans l’histoire universelle, lorsqu’une pensée ancienne, fondée, et qui a fait les preuves de ses effets bienfaisants, est mise à l’écart, repoussée, et si ce n’est effacée, du moins reléguée dans de minuscules réduits par des nouveautés. L’époque intermédiaire, durant laquelle la haine peut encore s’opposer à l’oppression est ici représentée de la manière la plus prégnante, et alors un enthousiasme indestructible et joyeux s’embrase dans toute sa splendeur et sa vérité ».
Cité d’après le musicologue Georges Starbinski : un lumineux nocturne

Hector Berlioz qui assista à la première à Leipzig en 1843 écrira à propos de la musique :

« Il faut entendre la musique de Mendelssohn pour avoir une idée des ressources variées que ce poème offrait à un habile compositeur. Il en a tiré un parti admirable. Sa partition est d’une clarté parfaite, malgré sa complexité ; les effets de voix et d’instruments s’y croisent dans tous les sens, se contrarient, se heurtent, avec un désordre apparent qui est le comble de l’art ». Source

Extrait de la ballade de Goethe :

Chor der Wächter
Verteilt euch, wackre Männer, hier
Durch dieses ganze Waldrevier,
Und wachet hier im stillen,
Wenn sie die Pflicht erfüllen.

Ein Wächter
Diese dumpfen Pfaffenchristen,
Laßt uns keck sie überlisten!
Mit dem Teufel, den sie fabeln,
Wollen wir sie selbst erschrecken.
Kommt! Mit Zacken und mit Gabeln
Und mit Glut und Klapperstöcken
Lärmen wir bei nächt’ger Weile
Durch die engen Felsenstrecken.
Kauz und Eule
Heul in unser Rundgeheule!

Chor der Wächter
Kommt mit Zacken und mit Gabeln
Wie der Teufel, den sie fabeln,
Und mit wilden Klapperstöcken
Durch die leeren Felsenstrecken!
Kauz und Eule
Heul in unser Rundgeheule!

Choeur des gardes
Dispersez-vous alentour, vaillants hommes,
à travers toute la forêt, et veillez ici en silence,
pendant qu’ils accomplissent les rites.

Un garde
Ces idiots de curetons chrétiens,
hardi, trompons-les !
Avec le diable objet de leur fabulation,
nous les effrayerons.
Venez ! Venez avec fourches et piques,
et avec le feu et nos crécelles déchaînées
faisons un tintamarre dans la nuit
à travers les étroites falaises.
Chouette et hibou, mêlez vos hululements à nos hurlements
Venez, venez, venez !

Choeur des gardes
Venez avec fourches
et piques,
comme le diable
qu’ils ont inventé,
et avec des crécelles
déchaînées
à travers les étroites falaises !
Chouette et hibou, mêlez vos hululements à nos hurlements
Venez ! Venez ! Venez !

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2 réponses à La nuit de Walpurgis, le 30 avril

  1. Pierre M. Boriliens dit :

    Bonjour,

    Il en existe une autre, de Nuit de Walpurgis, la Troisième, celle de Karl Kraus…
    Sinistre, celle-là, qui a duré plus de 10 ans… Et qui n’aurait pas épargné Mendelssohn…

    On ne s’en souvient pas assez…

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