L’interdit radical de Lohengrin

Le cygne (le mythe ?) est plumé. Photo David Ebener dpa/lby Via Die Zeit

On a pu voir récemment, sur Arte, la retransmission, en direct de Bayreuth, de l’époustouflant Lohengrin, mis en scène par Hans Neuenfels. Dans l’opéra de Richard Wagner, Lohengrin demande à Elsa de ne jamais lui demander son nom. L’impossible question de confiance absolue est une utopie radicale selon le metteur en scène, comme il l’explique dans l’hebdomadaire die Zeit.

Neuenfels : Le libéralisme dans lequel nous vivons nous conduit à passer en permanence de l’information à l’être. Tout ce que nous pouvons savoir, chaque fantôme, tout abîme sombre, toutes les pulsions semblent maîtrisables. Je n’ai encore jamais vécu dans une société qui se surestime à ce point et qui, en ordre et en silence, se trouve au bord de la folie. Les gens ne reprennent pas leur souffle mais se masquent, se déguisent et font la course. On observe cela et l’on se dit que l’on est soi-même atteint de folie.

Die Zeit : Qu’est ce que cela signifie pour le théâtre ?

Neuenfels : Il [le théâtre] doit montrer aux gens que leur liberté est bricolée, prédéterminée, leur montrer tout ce que cette liberté refoule de vérités et de réalité non maîtrisées. Ce type de dévoilement se trouve pour moi dans la musique. Je trouve que l’interdiction de Lohengrin “jamais tu ne devras me poser la question” [de qui je suis] absolument radicale. C’est une utopie radicale que d’aimer quelqu’un dont on ne connaît pas le nom. C’est peut être la plus grande marque de confiance possible qu’on peut offrir à un être humain.

Die Zeit : Elsa ne le peut pas.

Neuenfels : La société ne le peut pas. Je ne sais même pas du tout si une telle utopie serait raisonnable.

Die Zeit n° 34/ 18.08.2011

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1 réponse à L’interdit radical de Lohengrin

  1. Hemsen dit :

    Oui, tiens… L’observation de M. Neuenfels serait amusante – Il [le théâtre] doit montrer aux gens que leur liberté est bricolée, prédéterminée… – si elle ne venait d’un homme qui, par sa mise en scène de Lohengrin, impose à chaque spectateur sa propre vision de l’oeuvre, interdisant ainsi chaque spectateur de la comprendre commen il l’entend, et ainsi « bricolant la liberté des gens, prédéterminant »… sa compréhension de l’oeuvre !!!

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