Actualité du « Faust » de Goethe : La promenade de Pâques

Peter von Cornelius : Illustrations du Faust de Goethe / Faust et Wagner parmi les promeneurs devant la porte de la ville / Faust I illustré par Peter Cornelius. Edité par Dietrich Reimer / Ernst Vohsen / A. G. Berlin 1920.

Source de l’image

La promenade du jour de Pâques, à l’époque de Goethe déjà jour férié, est bien connue en Allemagne pour sa célébration du printemps. Elle est prononcée au cours de la promenade de Faust avec son disciple Wagner, hors des murs de la ville, au milieu d’une population en fête qui salue le docteur avec révérence. Elle commence ainsi :

FAUST
Le fleuve et ses ruisseaux ont rompu leur prison de glace
Au sourire doux et vivifiant du printemps ;
Un espoir de bonheur verdit dans la vallée ;
Le vieil hiver, qui s’affaiblit de jour en jour,
Se retire peu à peu vers les rudes montagnes.
Dans sa fuite, il lance
D’impuissantes averses de giboulées glacées
Qui viennent rayer les prairies reverdies ;
Mais le soleil ne souffre plus rien de blanc en sa présence,
Partout les êtres renaissent et se transforment,
….

On peut donner à ce texte très concret décrivant l’arrivée du printemps avec ses retours de giboulées toute sa dimension métaphorique.
Par un heureux effet de traduction, c’est aussi un hymne à la métamorphose. « Partout les êtres renaissent et se transforment » traduit en français ce qui en allemand se dit  : « Überall regt sich Bildung und Streben »
Cette  métamorphose implique, par retour au texte allemand, que s’anime le désir de l’effort (Streben) et de la « Bildung »(Formation)

Les choses ne sont pas tout à fait aussi simples. Et je voudrais signaler un autre passage. Le discours de Faust est précédé par une autre promenade, une promenade parmi les promeneurs de ce jour de fête, devant les portes de la ville, titre de la scène. Goethe y tend l’oreille pour une sorte de micro trottoir avant l’heure qui « contextualise », comme on dit aujourd’hui, le propos de Faust.
Voici ce qu’on y entend, d’une frappante actualité aussi (c’est moi qui souligne) :

UN BOURGEOIS
Non, le nouveau bourgmestre ne me revient pas!
À présent que le voilà parvenu, il va devenir plus effronté de jour en jour

Et que fait-il donc pour la ville?
Tout ne va-t-il pas de plus en plus mal?
Il faut obéir plus que jamais,
Et payer plus qu’auparavant.

UN MENDIANT chante.
Mes bons seigneurs, mes belles dames,
Si bien vêtus, et de si bonne mine,
Daignez m’accorder un regard,
Voyez et secourez ma détresse!
Faites que mon chant ne soit pas en vain.
Seul est joyeux qui volontiers donne.
Que le jour où chacun chôme
Soit pour moi jour de moisson.

UN AUTRE BOURGEOIS
Je ne sais rien de mieux, les dimanches et fêtes,
Que de parler de guerres et de combats,
Pendant que, bien loin, en Turquie,
Les peuples s’assomment entre eux

On est à la fenêtre, on prend son petit verre,
Et l’on voit les bâtiments pavoisés de toutes couleurs
descendre le fleuve;
Le soir on rentre gaiement chez soi,
En bénissant la paix et le temps de paix dont nous jouissons.

TROISIÈME BOURGEOIS
Je suis comme vous, mon cher voisin!
Qu’on se fende la tête ailleurs,
Et que tout aille au diable;
Pourvu que chez moi rien ne soit dérangé.

Faust I dans Goethe Faust Edition établie par Jean Lacoste et Jacques Le Rider. Editions Bartillat

 

 

 

 

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