Deux maximes de Goethe sur le crédit

 

 

1.- Der Credit ist eine durch reale Leistungen erzeugte Idee der Zuverlässigkeit

 

Credit avec « C » (pluriel Credunt) . Du latin Creditum (même racine que credo) = la croyance = ce qui a été confié. (Cf Meyers Lexikon)

Reale Leistungen pluriel = Des réalisations, des productions réelles

Zuverlässigkeit = fiabilité = sur qui ou sur quoi on peut compter = De qui ou de quoi on peut attendre, en retour, un résultat, une réponse satisfaisante. Zuverlässig sein = être d’un commerce sûr.

« Le crédit est une idée de la confiance produite par des réalisations réelles »

C’est un prêté pour un rendu, en quelque sorte mais la relation du crédit à la confiance, leur réciprocité passe par le travail, se construit par la médiation de la production. A contrario, elle s’évapore dans la spéculation.

——————-

2. Alles Ideelle, sobald es vom Realen gefordert wird, zehrt endlich dieses und sich selbst auf. So der Kredit (Papiergeld) das Silber und sich selbst.

« Tout ce qui est idéel [= qui n’existe que dans l’idée], dès lors que l’on en exige du réel consume finalement ce dernier [le réel] et l’idéel lui-même. Ainsi le crédit (le papier monnaie) finit par consumer l’argent [i.e. le métal qui a une fonction équivalente à celle de l’or, ils sont le soleil et la lune] et le crédit (papier monnaie) lui-même »

Autrement dit, déconnecté de sa fonction d’investissement, de sa garantie en biens réels, le crédit s’autodétruit, et détruit le système financier lui-même. A l’époque de Goethe qui fut ministre des Finances et qui a assisté à sa naissance et à celle du capitalisme industriel, le papier monnaie était garanti par les richesses du sous-sol comme il est écrit dans FAUST II :

Le présent billet vaut mille couronnes.
il est garanti par la caution assurée
D’innombrables biens enfouis dans le sol de l’Empire

Le crédit est écriture. Le papier vaut ce qu’il y a de marqué dessus. La monnaie est par la suite devenue scripturale (chèque). Aujourd’hui, cette écriture est numérique, encore plus abstraite et plus « idéelle ». N’oublions pas, que la monnaie a été inventée pour rendre visible les relations de grandeur, ainsi que l’explique Clarisse Herrenschmidt dans son livre, Les trois écritures, langue, nombre, code. Elle cite par ailleurs un texte de John Meynard Keynes dont j’extraie le passage suivant, qui confirme la prévision de Goethe :

L’or a cessé d’être une pièce de monnaie, un magot, un titre tangible à la richesse dont la valeur ne pouvait s’évanouir aussi longtemps que la main de l’individu en étreignait la substance matérielle. Il est devenu quelque chose de beaucoup plus abstrait, tout juste un étalon de valeur.

Cet étalon lui-même a été supprimé, le 15 août 1971, lorsque Richard Nixon a mis fin à la convertibilité or du dollar en plein passage à l’écriture numérique. De sorte que l’or est désormais matière comme une autre et

dépourvue de son ancienne qualité d’étalon de la valeur, de substance matérielle et pourtant transcendantale. (Clarisse Herrenschmidt)

N.B. Les deux textes sont extraits des Maximes et réflexions de Goethe. Ne cherchez pas, elles ne sont pas dans l’édition française.

Le livre de Clarisse Herresnchmidt : Les trois écritures, langue, nombre, code est paru aux Editions Gallimard / Bibliothèque des sciences humaines

Print Friendly, PDF & Email
Ce contenu a été publié dans Essai, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *