Le Docteur Faust et la peste

Méphistophélès répandant la peste. Image extraite du film Faust, une légende allemande de Friedrich Wilhelm Murnau (1926).Toute ressemblance …Dans le rôle de Méphistophéles : Emil Jannings

F.W. Murnau met, dans son film Faust, une légende allemande, le pacte de Faust avec le diable en relation directe avec la peste. Bien que sa lecture soit postérieure à celle de Goethe, Murnau fait un retour au Moyen-Âge pour des raisons cinématographiques et considérant que le Faust de Goethe sans la parole de Goethe aurait été un non-sens. Il s’empare donc non de la pièce dont ce n’est pas une adaptation mais de la thématique de Faust, ce qui permet à son scénariste Hans Kyser de marier des éléments de sources diverses. Il y en a notamment deux. Celle qui est à la base de toutes L’Historia von D. Johann Fausten dem weitbeschreiten Zauberer und Schwarzkünstler d’un auteur resté anonyme qui parut en 1587 chez l’éditeur Johann Spies à Francfort. Dans ce qui suit je désignerai ce livre par l’Historia. La version anglaise parut en 1594. Cette dernière inspira le dramaturge anglais Christopher Marlowe qui écrivit sa pièce Tragicall History of D. Faustus autour de 1588-1590. Elle est publiée en 1604. Une peste a sévi à Londres en 1593. C’est à partir de cette version que la légende a fait retour en Allemagne et s’est popularisée notamment au travers d’adaptation pour marionnettes. Il existe une version pour marionnettes très méconnue, elle est dite : de Strasbourg. Goethe a sans doute vu des spectacles de marionnettes thématisant la vie du Dr Faust. Il semble que ce soit C. Marlowe qui ait introduit le thème de la peste dans la légende. Très tôt, l’Historia a aussi été traduite en français. Il existe à la Bibliothèque nationale une traduction qui date de 1598 avec un titre à rallonge : L’histoire prodigieuse et lamentable du Docteur Fauste avec sa mort espouvantable. Là où est monstré, combien est misérable la curiosité des illusions et impostures de l’Esprit malin… . Dès l‘Historia, Faust est un médecin.

Un mot sur le Faust historique

Il est établi qu’un Faust a bel et bien existé. Il est natif de l’espace rhénan. Peut-être même étaient-ils plusieurs. Il était astrologue, la science de son époque. Il s’adonnait à la magie. Il était ce que l’on appellerait aujourd’hui, un marginal. En langue allemande, on dit de ce genre de personnage qu’il pense de travers, (Querdenker), c’est-à-dire empruntant des chemins hors des sentiers battus. Il était en outre un vagabond, ce qui à l’époque n’était pas connoté négativement. Il ne vient pas d’un sombre moyen-âge mais du début de la modernité. Il a en tous les cas vécu dans une période de bouleversements, celle de Christophe, Colomb, Léonard de Vinci, Copernic, Martin Luther, de la Guerre des paysans en Allemagne (1525) , Rabelais, Paracelse, autre alchimiste, une période où les idées neuves sont forcément une invention du diable, où les clercs perdent leur pouvoir avec l’apparition de l’imprimerie, cette autre “magie noire”. Un des compagnons de Gutenberg s’appelait d’ailleurs Faust. L’Église acceptait la magie blanche, divine, et condamnait la magie noire, diabolique.

La légende d’origine

L’Historia se veut un récit d’édification emprunt de « morale » luthérienne. Et ce n’est sans doute pas un hasard si l’auteur situe son enfance dans la ville de Luther, Wittenberg où il a grandi chez un cousin. Faustus y est présenté comme né à Rod près de Weimar. Il y est décrit comme brillant étudiant insatisfait de ses études et porté vers l’ésotérisme. Pour Martin Luther, qui croyait fort au diable, Faust était un de ses obscurs compagnons.

Le second chapitre raconte comment cet esprit très apprenant et agile se qualifia pour les études, parvint si loin dans les examens qu‘il fut admis à passer son magistère avec seize autres candidats. Il leur fut supérieur en tout et devint ainsi docteur en théologie. Il n’en fut pas satisfait et opta pour la médecine.

Page de la traduction française de l’Historia (1598) Bibliothèque nationale

Doct. Faustus ein Artzt, vnd wie er den Teuffel beschworen hat.

„ Daneben so hat Er auch ein thummen Vnsynnigen vnd hofferttigen kopff wie man jn dann allzeit den Speculierer genannt / jst zu der boesten gesellschafft gerathen / hat die Haylig Schrift ein weil hinderdie Thur/ vnnd vnder Die Bannckh gesteckht / Das wortt Gottes nit Lieb gehalten/ sonnder hat Rochvnnd Gottloß jnn Fullerey / vnnd Vnzucht gelebt (wie dann dise Historj hernach genuegsam zeugnus gibt.) Aber es ist ein War sprichtwort / Was zum Teuffel will / last sich nit aufhalten/ Zudem sofand Doctor Faustus seines gleichen / Die giengen Vmb mit Chaldeyischen / Persischen / Arabischen / vnnd Griechischen Wörtern Figuris, Characteribus, Coniurationibus, Incantationibus / Vnnd Dise erzelte stuckh waren Lautter Dardaniæ Artes Nigromantiæ, Carmina veneficium, vaticinium, Incantatio, vnnd wie solliche Buecher / Worter/ vnnd Namen der beschwerung vnnd Zaubereygenennt werden mögen / Das gefiel Doctor Fausto wol speculiert vnnd studiert Tag vnnd Nacht darjnnen / Wolt sich hernach kein Theologum mehr nennen lassen / ward ein Weltmensch / Nennt sichein Doctor Medicinæ, ward ein Astrologus vnnd Mathematicus / vnnd zum glimpffen ward Er ein Artzt / halff erstlichen vil Leuthen mit der Artzney durch Kreutter / Wurtzel vnd Trankh / Recept /vnnd Christieren / neben dem ward Er beredt/ jnn der Heyligen schrift wol erfahren / wust Die Regell Christj gar wol (.Wer den willen des herren waist vnd thuet jn nicht / der wirt Doppelt ge-schlagen / jtem Du solt Gott deinen herren nit versuechen.) Aber Diss alles schlueg Er jn Wind / setztsein Seel ein weil vf die Vberthur/ Darumb bey jm kein entschuldigung soll /“

Doct. Faustus un médecin et comment il a pactisé avec le diable.

« Mais à côté de cela, il avait une tête folle et orgueilleuse qui faisait qu‘on le qualifia d’esprit spéculatif, il est tombé en très méchante société. Il a placé la Sainte Écriture pour un temps sous le boisseau, il a vécu en mécréant sans scrupule (comme le rapportera encore amplement cette Historia). Le proverbe dit vrai : rien n‘arrête ce qui veut aller au diable. En plus le Dr Faustus rencontra des semblables. Ils parlaient avec des mots chaldéens, persans, arabes et grecs : figuris, characteribus, caracteribus, conjuratoribus, incantationibus [signes, caractères magiques, paroles de sortilège, formules magiques] comme on appelle ce qui désigne les sortilèges et la magie. On ne parlait que de Dardaniæ Artes, Nigromantiæ, Carmina, veneficium, vaticinium, Incantatio [arts magiques, magie noire, incantations, poisons, prophéties, sorcellerie]. Cela plaisait fort au docteur Faustus. Il spéculait et étudiait nuits et jours dans les livres qui en traitaient. Il ne voulut à la suite de cela ne plus être nommé théologien mais homme du monde. Il se nommait un docteur en médecine [Doctor Medicinæ], était astrologue et mathématicien, pour finir médecin [Arzt]. En premier, il aida beaucoup de gens avec des remèdes, des herbes, des racines, des eaux, des potions, recettes et lavements. Il était à côté de cela éloquent, bien renseigné sur l‘Écriture sainte. Il connaissait très bien les règles du Christ. Celui qui connaît bien la volonté du Seigneur et ne la suit pas sera doublement frappé (de Dieu). Item : Tu ne tenteras pas ton seigneur, ton Dieu. Mais tout cela il le jeta par-dessus bord. Il se renia lui-même. Il ne lui sera pas pardonné. »

L’idée de Faust médecin préoccupé de soigner les gens est contenue d’emblée dans la légende. Faust à l’origine est jeune. Il l’est aussi chez Marlowe, contrairement à Goethe et Murnau où il est d’un âge avancé avec la nostalgie de la jeunesse. Christopher Marlowe reprend l’Historia dans le prologue de sa pièce avec un chœur narratif La tragique histoire de la vie et de la mort du Dr Faust (titre de la troisième édition) :

« Il est né de bas lignage, en Allemagne, dans une ville nommée Rhodes. À l’âge mûr, il alla à Wittemberg, où l’un de ses parents se chargea principalement de son éducation. Il profita si bien en religion, enrichissant le champ fertile du savoir, qu’on le décora bientôt du titre de docteur, excellent entre tous ceux qui disputent à plaisir sur les célestes matières de la Théologie. Alors, superbe et fier de sa science, il s’éleva, porté par ses ailes de cire, au-delà de ses forces et les cieux, qui les fondirent, conspirèrent sa chute. Il est tombé dans les arts démoniaques, et a gorgé ses talents de savoir doré. Il se repaît de la maudite nécromancie; rien ne lui est maintenant plus doux que la magie, qu’il préfère même à son Salut : Tel est l’homme assis dans son cabinet d’études. »

(Christopher Marlowe : Faust. Pièce en cinq actes. Traduite par Charles Le Blanc.)

Puis nous retrouvons Faust dans son cabinet d’études. Après avoir examiné la question de la logique d’Aristote, c’est au tour de la médecine car ubi desinit philosophus, ibi incipit medicus [«là où s’arrêtent les philosophes, les médecins débutent»].

«Vienne Galien !, car ubi desinit philosophus, ibi incipit medicus. Sois médecin, Faust, empile les écus, et deviens immortel par quelque cure miraculeuse. Summum bonum medicinæ sanitas. Le but ultime de la médecine est la santé. Allons, Faust, n’as-tu pas également atteint ce but ? Tes banalités ne résonnent-elles pas comme autant d’aphorismes? Tes prescriptions grâce auxquelles des villes entières furent sauvées de la peste et mille maux sans espoir enfin soulagés, ne sont-elles pas honorées ? Et pourtant, Faust, tu n’es et ne demeures qu’un homme. Pourrais-tu faire que l’homme vive à jamais, ou que, mort, il renaisse à la vie, alors cette profession t’apporterait l’estime. Adieu donc Médecine ! »

Enchaîne l’examen de la question du Droit avec Justinien, pour finir par un retour à la théologie. Tout cela est abandonné au profit des arts de la magie : « un bon magicien est un demi-dieu. Au travail, ô Faust, et deviens un Dieu! ». Cela sera repris par Goethe de manière bien plus ramassée :

« Hélas ! La philosophie,
La jurisprudence et la médecine,
Et aussi par malheur la théologie,
Je les ai étudiées à fond, avec un zèle ardent.
Et maintenant me voilà, pauvre fou !
Aussi sage que devant. »

La guérison de la peste qui pourtant ne satisfait pas le Dr Faust est ici introduite par Marlowe. Goethe reprendra lui aussi cette question, nous verrons plus loin comment. Pour les deux auteurs s’agrègent à la légende deux autres figures : Paracelse qui soigne de la peste les habitants d’une ville du sud du Tyrol en 1534 et écrira un traité sur la peste en 1535, et Heinrich Cornelius Agrippa von Nettesheim, un esprit universel, théologien, juriste médecin et philosophe qui avait écrit en 1525 un De incertitudine et vanitate omnium scientiarum et artium (Sur l’incertitude et la vanité de tous les arts et de toutes les sciences).

Je dévie un peu pour rappeler ici que pour Paracelse, les maladies ne sont pas mono- mais pluri-causales. Pour lui il existe cinq entités de la peste :

« Il y a cinq entités qui produisent et engendrent toutes les maladies, de chacune desquelles provient chaque maladie […]. [1] [La force que renferment en eux les astres] agit de telle sorte en notre corps qu’il est complètement soumis à leur opération et à leur impression. Cette force des astres est appelée entité astrale (ens astrorum)… [2] La seconde force ou puissance, qui nous trouble violemment et nous précipite dans les maladies, est l’entité vénéneuse (ens veneni)… [3] La troisième force est celle qui affaiblit et use notre corps… On l’appelle entité naturelle (ens naturale). Cette entité se perçoit si notre corps est incommodé par une complexion immodérée ou affaibli par une complexion mauvaise… [4] La quatrième entité s’entend des esprits puissants, qui blessent et débilitent notre corps qui est en leur puissance… : entité spirituelle (ens spirituale)… [5] La cinquième entité qui agit en nous, c’est l’entité divine (ens Dei). […] Il existe cinq pestes : une provenant de l’entité de l’astre, une autre de l’entité du poison, une troisième de l’entité de la nature, une quatrième de l’entité des esprits, et la dernière de l’entité de Dieu. […]

(Paracelse,Volumen medicinae paramirum : Œuvres médico-chimiques ou Paradoxes. Liber paramirum, t. 1,  19-26. Source)

Le Faust de Goethe

Méphistophélès dans les airs. Illustrations du Faust de Goethe par Eugène Delacroix (1798-1863) Lithographie. 1827.

C’est dans la célèbre promenade de Pâques, très connue en Allemagne, souvent évoquée non pas pour le passage qui va suivre mais par son hymne au retour du printemps, que Goethe aborde la question du rapport du médecin à la peste dans un retour en arrière de Faust en compagnie de son assistant autour de la pierre qui lui servait de halte méditative :

« FAUST
Quelques pas encore, Jusqu’à cette pierre,
Et nous pourrons nous reposer de notre promenade,
Que de fois je m’y suis assis pensif seul,
Me torturant de prières et de jeûnes,
Riche d’espérance, ferme dans ma foi,
Par des larmes, des soupirs, des mains nouées ;
Je croyais obtenir du maître des cieux
La fin de cette peste cruelle.
Maintenant, les suffrages de la foule retentissent à mon oreille
comme une raillerie.
Oh ! Si tu pouvais lire dans mon cœur,
Combien peu le père et le fils
Méritaient tant de renommée!
Mon père était un obscur honnête homme
Qui sur la nature et ses cercles divins,
En toute probité, mais à sa manière,
Méditait en poursuivant des chimères ;
Il avait coutume, avec une société d’adeptes,
De s’enfermer dans le sombre laboratoire
Où, d’après des recettes infinies,
Il opérait la fusion des contraires.
C’était un lion rouge, hardi prétendant,
Qu’il unissait dans un bain tiède à la fleur de lys
Puis, les plaçant au milieu des flammes,
Il les transvasait d’un creuset nuptial à un autre.
Alors apparaissait, dans un verre,
La jeune reine irisée de mille couleurs,
C’était le remède, les patients mouraient,
Et personne ne demandait : Qui a guéri ?
C’est ainsi qu’avec des électuaires infernaux
Dans ces montagnes et ces vallées
Nous avons fait plus de ravage que l’épidémie
J’ai moi-même offert le poison à des milliers d’hommes
Ils ont tous dépéri, et, moi, j’ai survécu,
Pour que j’entende louer les impudents assassins.

WAGNER
Comment pouvez-vous vous affliger de cela ?
Un homme de bien ne fait-il pas assez
Quand il exerce l’art qui lui fut transmis.
Avec conscience et exactitude ?
Si tu honores ton père, jeune homme,
Tu recevras volontiers ses instructions :
Adulte, si tu fais avancer la science,
Ton fils pourra parvenir à un but plus élevé.

FAUST
Ô bienheureux qui peut encore espérer
Émerger de cet océan d’erreurs !
On a besoin de ce qu’on ne sait point,
Et de ce qu’on sait, on ne sait pas l’usage »

(Goethe : Faust 1 v 1022 -1066. Edition établie par Jean Lacoste et Jacques Le Rider. Ed. Bartillat)

C’est la réminiscence d’un autrefois, d’une pratique médicale ancienne dont les habitants se souviennent encore et pour laquelle, ils congratulent toujours leur médecin. Chez Goethe est introduite une expérience intergénérationnelle. Son père, avec qui Faust a pratiqué les soins, est qualifié par le fils d’ « obscur honnête homme » (dunkler Ehrenmann), à qui on ne dénie pas la « probité » mais qui reste obscur. Ce dernier adjectif désigne le fait qu’il ne fut pas connu tout comme, peut-être, son étrangeté, mais suggère aussi la pratique de sciences occultes. Cela est souligné par le sombre laboratoire dans lequel il cherche « la fusion des contraires ». Le lien entre médecine et alchimie donne un résultat peu probant : le remède est poison. Du moins Faust ne retient-il que cette dimension du pharmaka alors que, comme l’a souligné Paracelse, la différence entre remède et poison est affaire de dosage. Il faut une autre approche des contraires que celle qui vise à leur « fusion ». Le sentiment d’échec domine Faust au point qu’il se qualifie d’assassin. Faust, fils et complice d’assassin ! Mais le passage signale aussi que la question ne concerne pas des recherches spéculatives mais des savoirs pratiques : trouver un moyen de guérison. Faust a perdu la foi en Dieu. Quand celle ci-était encore ferme, il avait prié en vain pour de l’aide face à l’épidémie. Entre-temps, le sentiment d’impuissance lui a aussi fait perdre la foi dans la médecine. Il qualifie d’illusions même les avancées de cet art. Et avec ce paradoxe qu’aux yeux de ses patients il les a tout de même guéris. Mais Faust a honte des louanges que lui prodiguent les habitants délivrés de la peste dont lui-même en a été immun (= non soumis à..) car il ne peut expliquer cela scientifiquement au sens de savoirs rationnels qui rejettent dans l’obscurité, au rayon magie, les savoir-faire pratiques, empiriques. Il est une figure de la mélancolie, bile noire, dans la théorie des humeurs.

Reste la question du décalage entre ce que l’on sait et ce que l’on aurait besoin de savoir.

« On a besoin de ce qu’on ne sait point,
Et de ce qu’on sait, on ne sait pas l’usage »

Une sentence qui n’est pas sans résonance d’actualité. Outre la déconnexion entre savoirs et pratiques, Faust n’accepte pas qu’il y ait des limites tant aux savoirs que d’une manière plus générale comme le montre clairement Goethe dans la seconde partie de la tragédie quand Faust deviendra un entrepreneur sans frein, ni écologique ni d’hospitalité, après avoir découvert « l’alchimie » de l’argent papier.

On peut préciser qu’à l’époque où c’est écrit, la science médicale ne pouvait expliquer ni les succès ni les échecs des médications. Goethe ne caractérise pas la peste. On peut penser que cela désigne plus généralement les épidémies. Il a connu dans son enfance la rougeole, la varicelle et surtout la variole. Souvent malade, il se soignait par des décoctions de plantes et du sulfate de sodium. Et l’opium pour les douleurs. Son premier infarctus a été traité par des saignées et des compresses de raifort.  Au delà des questions que se pose Faust concernant celles de guérir ou tout le monde ou personne, ce qui implique la recherche d’un remède universel, se posait, à l’époque de Goethe qui est en partie aussi celle d’Immanuel Kant, celle du rapport de la médecine et de la loi morale. A partir notamment de celle de l’inoculation (variolite), ancêtre de la vaccination. Kant s’est intéressé à la question de savoir si l’on pouvait inoculer le mal pour guérir le mal. Faire le bien en faisant le mal est une thématique toute faustienne. Contrairement à Kant, Goethe était favorable à l’inoculation.

Faust, une légende populaire allemande

Le film de F.W. Murnau s’intitule : Faust, une légende populaire allemande. Tout en jouant sur la connaissance du Faust de Goethe dont tous les soldats de la Première Guerre mondiale avaient un exemplaire dans leur havresac, Murnau s‘en démarque en ouvrant sur plus de possibles et de libertés filmiques. Comme le note Hans Kyser scénariste du film  :

« Étant donné qu’un film s’inspirant étroitement de l’œuvre de Goethe serait incompréhensible sans la parole de Goethe, c’était une exigence dictée par les lois mêmes du genre filmique que d’élaborer davantage les motifs porteurs d’images. C’est le cas, par exemple, des vains efforts de Faust pour soigner les pestiférés. Il n’aurait guère été facile de créer une relation humainement émouvante avec un esprit médiéval qui ne fréquente que des succubes et des incubes » (Cité d’après la Revue Suisse du cinéma n°1, 1926.)

Images extraites du film Faust, une légende allemande de Friedrich Wilhelm Murnau. En jetant ses livres au feu, Faust découvre la data, clé d’accès au diable.

Murnau innove en mettant, contrairement à ses prédécesseurs, la rencontre entre Faust et le diable en lien direct avec l’épidémie de peste, elle-même l’œuvre d’une puissance maléfique. Le film s’ouvre sur trois cavaliers de l’apocalypse. La peste n’arrive pas seule. Elle est accompagnée d’autres fléaux qui ternissent l’image même d’un dieu : la guerre et la faim. Devant l’archange Gabriel, Méphistophélès, dont le nom même évoque quelque chose de sulfureux et de pestilentiel (mephitis), prétend que la terre lui appartient. L’archange lui désigne Faust qui enseigne que l’homme dispose de la liberté de choisir entre le bien et le mal. Le diable fait le pari qu’il gagnera le docteur à sa cause arguant qu’il est corruptible comme un autre. Si Mephisto gagne son pari, la terre lui appartiendra. Il emploie pour cela les grands moyens. Il répand la peste pour tenter de ramasser la mise en mettant Faust face à son impuissance devant l’épidémie. C’est à partir de cette impuissance face à la maladie que Faust dit que la foi et la connaissance ne sont d’aucun secours et se met à brûler ses livres. Ce faisant, il découvre, comme en palimpseste, la data qui contient le code d’accès (Schlüssel) au diable. Avec celui-ci, il conclut un pacte temporaire d’une journée demandant à être délivré de son impuissance face à l’épidémie. Faust guérit la population. Au nom du diable. D’abord crédité d’avoir réalisé un miracle, le docteur se voit ensuite accusé d’avoir pactisé avec le diable et se fait lapider. Faust tente de se suicider mais Méphisto l’en empêche. Il n’en a pas fini avec lui et lui fait miroiter le retour à la jeunesse, autre thème faustien.

Je vous propose pour terminer de visionner un extrait du film de F.W. Murnau .

 

Print Friendly, PDF & Email
Ce contenu a été publié dans Essai, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *