Slavoj Žižek sur l’Ecole de Francfort et Ulrich Beck

Il y a deux trois petites choses que j’aimerais retenir de l’interview accordée par le philosophe slovène Slavoj Žižek à la Frankfurter Rundschau, il y a quelques jours. Elles concernent bien entendu la matière que traite notre site, quelques aspects de la culture allemande.

Sur l’Ecole de Francfort et le « marxisme » soviétique

« Il y a eu le livre méritoire Le marxisme soviétique d’Herbert Marcuse, en 1958. Mais depuis ? Adorno ne s’y est pas intéressé. Habermas non plus. On peut lire toute son œuvre sans avoir l’idée qu’il y avait deux Allemagnes. Cela m’a toujours estomaqué. Car au centre de la Théorie critique, il y a l’idée de la Dialectique des Lumières [Titre d’un ouvrage de Theodor W. Adorno et Max Horkheimer]. Où pouvait-on mieux la comprendre dans sa brutalité que dans le destin du marxisme soviétique ? Le stalinisme est une bien meilleure preuve de la justesse de la théorie de la Dialectique des Lumières que le fascisme. Nous devons comprendre que la terreur stalinienne fait partie du projet de la modernité ».

A propos du film de Florian Henckel von Donnersmarck La vie des autres

« C’est un film ridicule. Presque une défense de la Stasi [Police politique et Services secrets de l’ancienne Allemagne de l’Est]. La Stasi espionne un écrivain parce qu’un ministre veut entreprendre sa femme. C’est totalement ridicule. Non que cela n’ait pas pu arriver mais je n’en sais rien. Mais la Stasi aurait de toute façon mis l’écrivain sous surveillance. Cela tenait au système et non à une marotte érotique d’un ministre. Voyez-vous, c’est là le regard libéral sur l’histoire. Là où advient le mal, il doit y avoir un méchant. C’est naïf et passe à côté du problème. Nous avons dû apprendre que des gens biens faisaient des choses terribles avec les meilleures intentions et les plus belles motivations ».

La meilleure librairie de Berlin

Réponse concrète à une question concrète : quelle est la meilleure librairie de Berlin ? Il donne ce tuyau après avoir déploré que les librairies dans lesquelles on trouve encore ce qu’on ne cherche pas se fassent de plus en plus rares. Il donne une adresse à Berlin : la librairie Knesebeck 11 à Charlottenburg. Elle se trouve du côté de Savignyplatz, un endroit de Berlin que j’aime bien depuis longtemps. A l’époque de la ville divisée se trouvait là la bohème de Berlin Ouest.

La société du risque d’Ulrich Beck

« J’admire l’idée d’Ulrich Beck sur la société du risque. L’idée de fond est qu’aujourd’hui de plus en plus de choses qui étaient autrefois préconisées socialement sont désormais choisies par les individus. La religion en est un exemple . Dans des cas extrêmes, des gens changent aujourd’hui de sexe, ce qui dans le passé était impensable. Dans l’ancienne Yougoslavie , des individus ont opté pour telle ou telle nation. Dans cette réflexivité sans fin où tout est sans cesse remis en question naît dans des endroits facilement identifiables de la société l’envie d’imposer brutalement, violemment, une identité qui renonce à toute médiation. L’autre face de la Société du risque est constituée par ces brutes racistes de Skinheads ou les voitures qui brûlent. A Berlin, Paris et Londres. Partout on assiste à des accès de violence »

Slavoj Žižek : entretien avec Arno Widmann. Frankfurter Rundschau 23/12/2011

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