A mes grands-pères, soldats du « kézère »

 

Suis-je bête !
L’autre jour, comme cela m’arrive régulièrement, je faisais mon petit tour en ville comme on dit quand on habite sur les bords. Je passe toujours dans ces cas-là par une librairie et à la bibliothèque qu’il y ait ou non besoin d’un livre, histoire de voir ce qui s’y affiche. A la librairie, l’espace des livres 14-18 avait disparu : « ça devenait lassant ». Et puis, il y a le foot, puis le Tour de France…
A la bibliothèque, je tombe sur un livre exposé d’Annette Becker, Les cicatrices rouges /14-18 / France et Belgique occupées paru en 2010 chez Fayard. Je le prends. La quatrième de couverture évoque « ces millions de gens [qui] ont vécu à l’heure allemande en 1914-1918 ».
Je le feuillette.
Suis-je bête !
Je m’étais dit qu’il y aurait peut-être un chapitre sur l’Alsace. Mais l’Alsace à cette époque ne faisait pas partie de l’histoire de France, n’était donc pas occupée.
Quoique ! Est-ce si clair ?
Continuant de feuilleter, je tombe sur la page 300. Apparemment, je n’étais pas le seul à m’y être arrêté.
occupation_annexionLe lecteur correcteur a raison. En 1914, l’Alsace était annexée à l’Allemagne. Les Alsaciens et les Lorrains sont juridiquement allemands en vertu du Traité de Francfort de 1871, traité reconnu par toutes les puissances. Quarante années d’occupation annexion, écrit encore A. Becker se sont muées en « accommodement plus tacite que forcé ».
Nous voici introduits dans la complexité du sujet qui fait même trébucher des professionnels de la profession.
Non loin de Mulhouse, à Zillisheim :
Auberge au canon
Canon 14-18.
Oui mais…un canon allemand
qui se trouvait à quelques centaines de mètres de là. Il n’en reste que l’emplacement.
Emplacement canonLa fosse bétonnée pour un canon de marine allemand de 380mm en place de septembre 1915 à octobre 1916. Il tirait entre autre sur Belfort.
Il y a des périodes où l’Alsace ne fait pas partie de l’histoire de France. L’acceptation de cette discontinuité par les historiens m’a toujours étonnée. Je n’ai jamais compris ce qui justifiait qu’ils mettaient ces périodes entre parenthèses. Qu’en sera-t-il lors de la commémoration du Centenaire du déclenchement de la guerre ?
Comment évoquera-t-on l’histoire de mes grands-pères ? François Hollande fera-t-il l’impasse sur la question ? Laissera-t-il le président allemand s’en occuper ?
Mes grands-pères. Pourquoi parler de mes grands pères ? Parce que cent ans après il est peut-être enfin temps.
Mes grands-pères avaient été soldats du Kaiser. Kaiser avec un a et un i et non, comme je l’entends encore souvent prononcé, la bouche pointue, « kézère ». Mais je ne sais que très peu de choses de cette partie de leur vie. J’ai souvent fréquenté l’un des deux, tous les jeudis du temps où les mercredis étaient des jeudis, l’autre beaucoup moins, le temps a manqué. Ils sont restés bien muets après-guerre, surtout après l’autre-guerre qui a vu leurs fils partir à leur tour pour la seconde partie.
Comment en parler quand on ne dispose d’aucun de ces objets par lesquels les romanciers commencent leurs récits ? Pas de pipe, pas de blague à tabac, pas de lettre, pas de carte postale, pas de carnet, pas d’objet bricolé à partir d’un débris de munition, rien, même plus de grenier où tout cela aurait-été oublié. Rien. Un seul témoignage : lors d’un colloque de l’Institut d’histoire sociale, mon père avait raconté que mon grand père paternel qui était chaudronnier s’était retrouvé sur le front de Russie et parmi les comités de soldats qui ont destitué les officiers lors de la révolution de novembre 1918. (Centre régional Alsace de l’Institut d’histoire sociale : Le rôle et la place de la classe ouvrière en Alsace. Colloque de Strasbourg 16 mars 1984)
Ouah. J’ai un grand père qu’a participé à une révolution !
Bon, une de ces révolutions dont on ne parle jamais car elles ne correspondent pas aux canons des révolutions. Il est vrai qu’elle fut bien éphémère mais elle a tout de même provoqué un changement de régime, le passage du Reich à la république.
Dans les commémorations des morts de la guerres de 14, on faisait passer jusqu’à présent mes grands-pères pour des poilus. A ce propos, j’ai fait une découverte récente. Dans l’un de ses récits, Gaston PETER,viticulteur à Hunawihr, qui a publié à compte d’auteur poèmes et récits sur 14-18, évoque la mascarade du dépaysement des soldats alsaciens sous uniforme allemand. Elle a consisté à faire défiler à Colmar en uniforme de « poilus » les prisonniers alsaciens avant de les laisser rentrer chez eux.(Daniel Muringer le signale dans son concert avec Marc Dietrich :-KRIAGSSCHRÌFTE Écritures alsaciennes 14-18 )
Non qu’il n’y ait eu des poilus alsaciens ou d’origine alsacienne, il y a eu ceux qui avaient opté pour la France en 1871, parmi eux un certain capitaine Dreyfus mais pour l’essentiel les Alsaciens-Lorrains ont été appelés sous les drapeaux allemands : 220 000 en août 1914. Il y aura 8000 volontaires tandis que 3000 mobilisables franchiront la frontière pour éviter l’uniforme allemand. Qu’en sera-t-il de ceux qui y laisseront leur vie ?
Mais revenons d’abord à la situation de l’Alsace
L’Alsace comme sismographe
J’emprunte à René Schickelé la description sur la situation de l’Alsace à cette époque. Dans un article en allemand, dans un numéro des Cahiers d’Alsace n°13 de mars 1914, il écrit :
« Depuis quarante années, un colosse roux armé jusqu’aux dents habite ce pays, assis au bord des Vosges, les jambes grossièrement bottées posées dans la plaine, dans les vignobles défilent les saisons. Il pousse sur ce petit pays comme on pousserait sur le milieu d’une balançoire géante, oui et c’est le célèbre équilibre européen comme on l’appelle. Peu de chose adviennent dans le monde, du moins rien d’important, sans que là où se trouvent les bottes du colosse on ne sente un mouvement de balance qu’il soit léger ou lourd. Un sismographe politique qui enregistrerait le moindre tremblement de la situation mondiale. Ici où les talons pressent son corps bat le cœur de l’Europe, selon le cas le plus tranquillement ou … le plus douloureusement ».
C’est écrit au moment de l’Affaire de Saverne qui témoignait de la poussée militariste dans la société allemande sous son faux nez parlementaire. En retour, les tensions en Alsace auront un écho international.
« Après l’octroi par Berlin d’une constitution (au rabais toutefois) et d’un parlement (Landtag) au Reichsland en 1912, de nombreux Alsaciens-Lorrains se montrent satisfaits de vivre dans une monarchie qui respecte leur langue, leur foi et qui les a dotés d’une législation sociale avant-gardiste, ce qui contraste fortement avec la République française où règne un laïcisme militant (séparation des Églises et de l’État en 1905), propagé par des instituteurs – les « hussards noirs » – qui font également preuve d’un jacobinisme linguistique intransigeant, et où grèves et émeutes ouvrières (et même encore paysanne) sont fréquentes. »
Jean-Noël Grandhomme : L’Alsace Lorraine dans la première guerre in Les Saisons d’Alsace n°58. Numéro spécial La grand guerre en Alsace page 13.
Cela dit comme s’il n’y avait pas eu à la même époque de grèves dans le Reich allemand y compris en Alsace. Et que dire du conservatisme oppressant du régime militarisé de Guillaume 2. Le rapport à la France et l’Allemagne est sans doute aussi à nuancer selon les catégories sociales, les confessions, les milieux urbains ou paysans. J’ignore si « les nombreux alsaciens » dont il est question formaient une majorité, j’admets volontiers cependant que l’Alsace, allemande depuis 44 ans en 1914, c’est-à dire depuis deux générations, s’était plus ou moins fait une raison et surtout qu’elle ne voulait pas devenir l’enjeu d’une guerre mondiale. Elle ne l’était pas d’ailleurs. La récupération de l’Alsace-Lorraine n’a pas été à l’origine de la guerre. Elle n’est devenue un prétexte et un but de guerre qu’après son déclenchement.
Petite précision utile en ces temps fusionnels : la Lorraine annexée en 1871 correspond à l’actuelle Moselle et non à la Moselle de 1870, il est donc justifié de parler pour l’époque qui nous occupe d’Alsace-Lorraine mais ce n’est pas la géographie d’aujourd’hui.
Alors qu’un René Schickelé comme Hans Jean Arp, bilingues et pacifistes opteront pour la Suisse, le poète expressionniste, traducteur de Péguy, Ernst Stadler, enseignant à Bruxelles, qui venait d’être invité comme professeur à l’Université de Toronto et qui aurait pu échapper à la guerre, rejoint son régiment après s’être acheté un revolver. Il était lieutenant de réserve. Un autre natif de Colmar, le futur romancier de droite Ettighofer est lui engagé volontaire. Le poète de langue allemande Stadler est mort près d’Ypres dans les premiers mois du conflit, le 30 octobre 1914. Il est enterré au cimetière de la Robertsau à Strasbourg.
Mais dans quelle langue ?
Les éditions Arfuyen qui viennent de publier une nouvelle traduction de l’intégralité du recueil Der Aufbruch (Le départ) font figurer en tête du volume un poème d’Adrien Fink qui pose la question. Il se termine par ces vers :
«Et alors si seul parmi les tombes. Stèle en granit. Inscription
sans un vocable en allemand
Y a-t-il ici encore langue ? »
« Y a-t-il ici encore langue ? » peut évidemment se comprendre dans les deux sens. D’une part, le poète en mourant est devenu muet. Mais la référence à l’absence de « vocable allemand » signifie aussi qu’il a perdu sa langue post-mortem.
Morts allemands enterrés français : un changement de nationalité post-mortem.
Les soldats alsaciens morts sous l’uniforme allemand, un premier temps enterrés dans des cimetières allemands, à partir de 1919, à la demande des familles, trouvent une sépulture dans une nécropole française. Le changement de nationalité se fait aussi dans la mort mais selon des règles bien peu claires sans loi spécifique.
« Aussi serait-il judicieux, près de 100 ans après la disparition de ces hommes, de leur donner un véritable statut. De déterminer en outre si leurs prénoms doivent être francisés ou germanisés et éventuellement d’apposer à leur plaque mortuaire la mention « Soldat alsacien-lorrain mort sous l’uniforme allemand » afin que la mémoire de ces hommes, qui changèrent en quelque sorte de nationalité post-mortem, ne tombe aux oubliettes de l’histoire ».(Philippe Tomasetti : « Boches » ou « morts pour la France » ? in Les saisons d’Alsace n° spécial pages 112-116)
Il s’est fait un long silence sur tout cela pendant près d’un siècle. Cela change un peu. En même temps se répand l’inconscience historique. Elle  fait basculer dans l’extrême inverse. Elle atteint des sommets dans le délirant hommage à Guillaume 2, le principal responsable du déclenchement de la Première guerre mondiale, au château du Haut Königsbourg. Ils ont poussé l’indécence jusqu’à présenter cela le jour anniversaire de l’attentat de Sarajevo sans que cela n’offusque personne. Ils jouent à guichet fermé.
Haut Königsbourg
On se frotte les yeux.On fait en Alsace ce que l’on n’oserait pas faire en Allemagne.
Opposons à cela la dignité de Dominique Richert qui dans les Cahiers d’un survivant, livre présenté sur le SauterRhin par Daniel Muringer , écrit :
« Une fois je fus affecté à la garde d’honneur d’un prince de Hohenzollern qui habitait dans un château. Pour ces oiseaux-là, la guerre était agréable ! Ils se placardaient des tas de décorations sur la poitrine sans jamais entendre siffler la moindre balle, ils mangeaient, buvaient à profusion et couraient les filles. En plus ils touchaient un salaire élevé, alors que le simple soldat menait une vie de chien pour cinquante pfennigs de solde ».
L’Alsace ne voulait pas devenir l’enjeu d’une guerre. Cela transparaît dans les manifestations pacifistes qui eurent lieu en 1913 comme l’expliquait Gérald Sawicki dans un colloque international consacré aux défenseurs de la paix. On peut retrouver en podcast son intervention intitulée, Appels et manifestations en faveur de la paix: la contribution des Alsaciens-Lorrains en 1913 .
Au printemps 1913, se multiplient en Alsace-Lorraine appels, manifestations et adresses aux diverses autorités politiques et à l’opinion publique des deux pays. Ainsi les 13 et 30 mars se déroulent à Mulhouse de grands meetings pacifistes, où interviennent ensemble des représentants des différents partis politiques (Centre, démocrates et socialistes) devant des foules estimées à plusieurs milliers de personnes. De même, plusieurs personnalités alsaciennes-lorraines participent au congrès parlementaire franco-allemand de Berne en mai 1913. Le refus d’une nouvelle guerre, l’espoir d’un rapprochement franco-allemand et d’une Alsace-Lorraine pensée comme un pont entre les deux pays sont les grands thèmes abordés lors de ces rassemblements.
Cela ne les empêchera pas d’être emportés par la guerre :
« En Alsace-Lorraine, comme ailleurs en Europe, la grande majorité de la population est donc emportée par la lame de fond de la mobilisation, sinon avec enthousiasme, du moins sans mouvement d’humeur, par loyalisme ou fatalisme. Les nationalistes français qui espéraient un soulèvement général des Alsaciens et des Lorrains contre l’Allemagne en sont pour leurs frais. Pourtant, la crainte de l’« ennemi de l’intérieur» continue de hanter les autorités allemandes »(Jean -Noël et Francis Grandhomme Les Alsaciens-Lorrains dans la Grande Editions de la Nuée bleue. Page 252
Contrairement à ce que l’on pourrait penser les Alsaciens et les Lorrains n’ont pas été systématiquement envoyés sur le front de l’Est comme si les autorités militaires allemandes ne craignaient pas trop les défections. Au début du conflit, on les trouve sur tous les théâtres d’opérations, y compris en Alsace et en Lorraine mêmes, en août 1914, ainsi aussi dans les Balkans, ou en Palestine, et Mésopotamie. En Afrique également. L’itinéraire décrit par Dominique Richert l’illustre : parti de son village natal de Saint Ulrich dans le Sundgau, sud de l’Alsace, il participe à la bataille de Mulhouse puis de Sarrebourg en Lorraine avant de partir vers le nord de la France en passant par la Belgique. Il se  retrouve ensuite dans les Balkans puis en Pologne pour arriver sur le front russe, à Riga avant de retourner en Lorraine où il peut enfin déserter. Tout cela sans jamais pouvoir rentrer chez lui en permission, son village étant « occupé » par les troupes françaises.
Un nombre non négligeable d’Alsaciens-Lorrains feront carrière dans l’armée. Ils fourniront même un général à l’armée allemande. Tout en devenant adjudant, Dominique Richert fait preuve d’une solide détestation à l’égard des officiers :
« L’amour de la patrie ou des choses semblables,de toute façon il n’y en avait pas de trace chez nous Alsaciens. Souvent j’étais pris d’une terrible fureur quand j’imaginais la vie agréable que menaient les vrais auteurs de cette guerre. D’ailleurs je nourrissais une rage secrète contre les officiers, à partir du grade de lieutenant, qui étaient mieux nourris, mieux logés que nous et qui en plus recevaient une paye rondelette, tandis que le pauvre soldat devait supporter les misères de la guerre « pour la patrie pas pour l’argent, hourra, hourra, hourra ! » comme dit une chanson militaire. A part cela, on n’avait pas à avoir d’opinion personnelle face aux officiers. De toute façon, on n’avait rien à dire ; il n’y avait qu’à obéir aveuglément
La détestation des officiers sera un élément structurant de la révolution de novembre 1918.
L’un des aspects les plus saisissants du récit de Dominique Richert consiste dans la description du système de « contrainte terrible » qui enchaînait les soldats à la machine de guerre, à cette gigantesque bataille de matériel, en en faisant des « instruments sans volonté du militarisme allemand », du militarisme européen en général.
« Si on refusait d’obéir, on était tout simplement fusillé. Si on obéissait, on risquait aussi d’être tué, mais avec une chance de s’en sortir. Alors il fallait obéir à contrecœur »
Rester en vie était la seule chose qui vaille. L’obéissance permettait de laisser le plus d’options ouvertes pour rester vivant. Elle se trouvait en balance avec la tentation de se faire prendre comme prisonnier et la désertion. Mais cela posait un double problème : il ne suffisait pas de trouver le ressort nécessaire et bien sûr l’opportunité pour franchir le pas, ils ont existé, encore fallait-il avoir confiance dans le pays d’accueil. Et dans les Russes, il n’avait pas trop confiance. Aussi attendra-t-il d’être à nouveau en France pour déserter. Mais dans son esprit déserter n’est pas trahir.
L’Alsace est aussi un champ de bataille pas seulement sur ses marges. Les combats la traverseront depuis l’offensive, qu’il voulait à forte portée symbolique, décidée par le général Joffre dès le début de la guerre de pénétrer par le sud depuis Belfort en direction de Mulhouse, pour apporter à l’Alsace « le baiser de la France ». La guerre de mouvement tournera rapidement à la guerre de tranchée. Les crêtes des Vosges connaîtront une guerre de positions en altitude qui à elle seule témoigne de l’absurdité de la guerre.
Voici une photographie prise au Hartmannswillerkopf, montagne surnommé « la mangeuse d’hommes » :
LignesCela n’a pas l’air d’un champ de bataille. Je trouve néanmoins l’image éloquente car ces deux arbres comme l’indique les panneaux qui y sont apposés figurent les lignes de front : à droite, la première ligne allemande ; à gauche, la première ligne française. Nez à nez.
On peut observer quelque chose de semblable au « Tombeau des Chasseurs » qu’est le Linge :
Linge Premières lignes
A droite, la première ligne allemande fortifiée, à gauche comme l’indique le panneau sur l’arbre, la première ligne française. Monter à l’assaut ici signifiait aller à une mort quasi certaine.
Bien des morts au Linge y restent inconnus.
Soldat allemand Linge
Il n’y a plus de fouille sur ce champ de bataille que l’on se contente d’entretenir comme un cimetière. La découverte des restes de ce soldat allemand a été faite après le passage de pillards. Ils viennent ici avec leurs détecteurs de métaux, repartent avec leur butin en laissant les os. Non, ce ne sont pas « des jeunes ». Les derniers appréhendés étaient quinquagénaires fétichistes et/ou trafiquants de plaques commémoratives via Internet.
En novembre 1918, la guerre en Allemagne bascule dans une révolution. En Alsace aussi. Je raconterai cela plus tard.
Au lendemain de la guerre, Clemenceau peu enclin au respect des particularismes pratiquera une politique de « dépaysement » des Alsaciens-Lorrains. Mais cela aussi mérite un chapitre à part.
Mes grands-parents ne parlaient pas le français. Tout en étant de la génération «  il est chic de parler français », d’une époque où l’on punissait l’usage du dialecte dans la cour de récréation, je comprenais et parlais avec eux l’alsacien. J’ai depuis perdu cette langue que toutefois je comprends encore.
Une chanson écrite et composée par Jean-Jacques Goldman et que chante Patricia Kass évoque les bouleversements de la guerre en Lorraine et les traces laissées dans les femmes et les hommes d’aujourd’hui. Je peux la faire mienne.
«(…) Je suis d´un pays d´un horizon d´une frontière
Qui sonne guerre, qui sonne éternel hiver
(…)
Et toutes ces croix, ces tranchées
Ici l´on sait le prix du sang
L´absurdité des combats quand
On est tombé des deux côtés
Je suis d´une région d´une langue d´une histoire
Qui sonne loin qui sonne batailles et mémoire
(Jean Jacques Goldman : Une fille de l’Est )
Enfants, nous jouions à la guerre. TE SOUVIENS-TU DE NOS JEUX. Je déclare la guerre à … Tiens au hasard … l’URSS. Non, ce n’était pas cette guerre-ci. Après la der des der, il y en eut une autre issue de la première. Il fallait courir le plus loin possible. Avant que « l’adversaire » n’ait réagi en criant stop. La distance parcourue déterminait la portion de territoire que l’on allait pouvoir découper dans le fromage de craie sur le macadam.
Enfants des plaines de l’est que savions nous de la guerre.
Qu’en savons-nous encore aujourd’hui ?
Bibliographie :
Jean -Noël et Francis Grandhomme : Les Alsaciens-Lorrains dans la Grande guerre Editions La Nuée bleue
Les Saisons d’Alsace n°58. Numéro spécial La grand guerre en Alsace
Dominique Richert Cahiers d’un survivant Editions La Nuée bleue
Ernst Stadler : Le départ Editions Arfuyen
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Une réponse à A mes grands-pères, soldats du « kézère »

  1. luc rousseau dit :

    Absolument passionnant.
    La complexité géopolitique de cette région pendant ce conflit a été simplifiée, oubliée.
    Votre travail de mémoire est apporte un éclairage sur ce drame humain, le mot est faible.
    Mon grand-père était dans l’aviation de bombardement, mécanicien. C’est ce qui lui a sauvé la vie (ce sont ses paroles). Dans les repas de famille, ils en parlaient à voix basse entre hommes « revenus ». Nous, gamins, on disaient qu’ils radotaient avec leur vieille guerre, la deuxième étant plus palpable pour nous nés après.
    Plus tard il m’a raconté sa vie dans les différentes bases, les pilotes qu’ils accompagnait pour les essais en vol.
    J’ai eu l’occasion de voir une centaine de plaques photographiques stéréoscopiques prises par un photographe de l’armée sur les champs de batailles. L’horreur est intemporelle et pourtant elle est renouvelée sans cesse.
    L’oubli de la douleur est une fonction du cerveau qui permet de survivre mais la mémoire des peuple reste un devoir.
    Je suis en préparation d’une scénographie pour une expo sur les archives de Montargis, à l’arrière du front, pour le centenaire. Et le constat de cet oubli collectif est au centre de ma mise en scène.
    Merci encore pour votre travail.
    Cordialement

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