Le cornet à sucreries (Zuckertüte) de la première rentrée scolaire (Einschulung)

Lundi de la semaine dernière a eu lieu, du moins en Rhénanie Palatinat, la rentrée des classes. Il n’ y a pas en Allemagne de système unifié de scolarisation qui reste la prérogative des länders.  Les vacances scolaires sont plus courtes et les journées d’école moins lourdes

Et mardi, a eu lieu ce que l’ont nomme Einschulung. C’est la première rentrée pour les enfants et un jour de fête. Cette première rentrée se fait autour de l’âge de 6 ans. Il n’y a pas en Allemagne d’école maternelle. Son équivalent est le jardin d’enfants.

Pour cette première rentrée, les enfants vont à l’école avec leur Zuckertüte (notre image), littéralement cornet à sucreries rempli de plein de choses et pas seulement sucrées. Ils sont accueillis par les élèves des classes plus élevées et par l’équipe éducative. Les parents, grands parents, voire oncles et tantes sont présents. C’est un grand jour.

Le cornet à sucreries tout en étant de taille variable doit être grand. On racontait que poussait à l’école un arbre à cornets. Quand les cornets avaient atteints la bonne taille, il était temps d’aller à l’école.

La coutume du cornet à sucreries remonte au début du 19ème siècle et a existé aussi bien en RDA qu’en RFA.

Erich Kästner, l’auteur d’Emile et les détectives, a raconté une de ses rentrée au tout début du siècle dernier, à Dresde, dans son livre Als ich ein kleiner Junge war (Lorsque j’étais un petit garçon. 1957). J’en ai traduit un petit extrait. La présence de lièvres de Pâques en chocolat dans son cornet à sucreries rappelle qu’à une époque la rentrée scolaire se faisait à Pâques.

« A cette époque, toutes les écoles avaient une allure austère. Elles étaient rouge ou gris foncés. Probablement avaient-elles été construites par les mêmes architectes qui avaient construit les casernes. Les écoles ressemblaient à des casernes pour enfants. J’ignore pourquoi les architectes n’avaient pas imaginé d’écoles plus gaies.[…]

Mr  Bremser nous assit par taille dans les rangées de bancs et se notait nos noms. Les parents étaient debout serrés contre les murs et dans les couloirs, ils faisaient des signes d’encouragements à leur enfant et veillaient sur les cornets à sucreries. C’était là leur tâche principale. Les parents tenaient les cornets à sucreries entre leurs mains. Il y en avait des petits, des moyens, d’énormes. Ils comparaient les tailles et, selon le cas, étaient jaloux ou fiers. Si vous aviez vu le mien, de cornet. Il était coloré comme une centaine de cartes postales, lourd comme un seau de charbon et m’arrivait jusqu’à la pointe du nez.  J’étais assis à ma place, ravi, fit des clins d’œil à ma mère et j’avais l’impression d’être le prince des cornets à sucreries. Quelques garçons pleuraient à fendre le cœur et se précipitaient vers leurs mamans.

Mais ce fut bientôt fini. Monsieur Bremser nous libéra et les parents, les enfants et les cornets à sucreries se mirent en marche en direction de la maison. Je portais mon cornet devant moi comme la hampe d’un drapeau. Parfois, je m’asseyais essoufflé sur le pavé. Parfois, ma mère me donnait un coup de main. Nous transpirions comme des déménageurs. Un fardeau sucré reste un fardeau.

Nos forces réunies, nous avons pénétré dans la Königsbrückerstrasse en prenant la Glacisstrasse, la Bautzenerstrasse et en passant par l’Albertplatz. A partir de la Luisenstrasse, je n’ai plus lâché mon cornet. C’était une marche triomphale. Les passants et les voisins étaient étonnés. Les enfants s’arrêtaient et nous suivaient. Ils nous entouraient comme les abeilles le miel. “Allons chez Mademoiselle Haubold ! », dis-je de derrière mon cornet. […]

Ma mère ouvrit la porte. Le cornet et son ruban devant le visage, je montai la marche du magasin, et, comme je ne voyais rien derrière le cornet et son ruban, je trébuchai. La pointe du cornet se brisa. Je me figeai en statue de sel. Une statue de sel embrassant un cornet de sucre. Cela ruisselait, dégringolait, bruissait sur mes bottines. Je levai le cornet aussi haut que je pus, ce qui n’était pas très difficile car il devenait de plus en plus léger. Finalement, je n’avais plus entre les mains qu’un cône coloré en carton. Je le laissai tomber et regardai par terre. J’étais jusqu’aux chevilles dans les bonbons, praline, dattes, lièvres de Pâques, figues, orange, tartelettes, gaufres et coccinelles dorées. Les enfants poussaient de hauts cris, mam mère mis ses mains devant le visage, mademoiselle Haubold s’agrippait au comptoir. Quelle abondance ! Et j’étais en plein dedans ».

Erich Kästner

(Traduction B. Umbrecht)


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