Ma rentrée littéraire

Vient de paraître, aux éditions Mediapop, le texte de Kai Pohl, un auteur, poète, berlinois que j’ai eu le plaisir de traduire : 1964 ou pour être en conformité avec les nécessités du marché, le sujet masculin du pouvoir impose le silence à son âme.

Couverture

J’ai déjà raconté les circonstances de cette rencontre lors d’une escapade à Berlin en zone poétique libre. Elles ont conduit à la traduction puis la publication d’un extrait sur le Sauterhin, qui  elle-même a rencontré un éditeur, qui …… Une histoire de rencontres et d’amitiés.
Il est question d’un sujet, masculin. Des bribes, réminiscences, de sa biographie affleurent. Le sujet est imbriqué dans une réalité sombre désignée comme étant le marché et ses nécessités dont il reproduit les structures en imposant le silence à ses désirs d’individuation. Le mécanisme de conditionnement réduit l’être humain à une fonction. Le langage et la poésie ne sont pas épargnés. Le poème lui-même se place dans « l’époque de sa réussitabilité mercantile », pour reprendre le titre d’un poème tout récent de Kai Pohl qui lui-même fait référence au célèbre essai de Walter Benjamin : l’oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique.
Il est question d’une année de naissance. Peut-être, comme le suggère un passage du livre, le narrateur est-il né d’un texte trouvé au bord d’une plage par son père dans une bouteille jetée à la mer.
En ouvrant le livre 1964, d’entrée le lecteur est prévenu de ce qu’il ne trouvera pas. Le début de ce que Kai Pohl qualifie d’élaboration, c’est à dire de transformation de quelque chose d’existant, est en effet un avertissement au lecteur :
Si, dans la ronde de ceux qui un jour peut-être liront cette élaboration, il devait se trouver quelqu’un qui en attende quelque chose, si minime que soit cette attente, qu’il lui soit dit : oublie ça. Il ne sera pas question de distraction, encore moins de savoirs et de connaissances. Même les formes habituelles de politesse manqueront à l’appel : tu seras, chère lectrice, cher lecteur, tutoyé(e) sans vergogne. Si cela te pose problème, mieux vaut pour toi ne pas aller plus loin dans la lecture. Tu seras déçu(e). Non pas par la matière qui t’es proposée – rien n’est proposé – ou par la manière douteuse dont l’auteur te la livre – rien n’est livré – tu seras déçu(e) par toi-même ! Car c’est toi-même, chère lectrice, cher lecteur, qui porte ta part dans les monstruosités dont il est question ici.

Degeneration

En 1965, les Who créaient leur célèbre chanson My Generation. En 2013, Kai Pohl co-éditait une anthologie poétique dont le titre y fait une claire allusion : My Degeneration, the very best of who is who. Dé-génération, dé-construction, dés-illusion. Poésie de la désillusion ? Disons celle d’une génération qui se rend compte que les mots anciens ont été passé à la centrifugeuse pour être remixés et resservis dans le but que seuls les mots changent afin que tout par ailleurs puisse mieux rester pareil.
Kail Pohl dit :
« Personne n’est épargné par la pression de la concurrence, chacun est apprêté pour s’accommoder aux circonstances afin de devenir un sujet de marché. La question est de savoir comment je me détermine par rapport à cela. Est-ce que je veux résister à la pression qui me pousse à rentrer dans le rang ou est-ce que je participe à la course aux jarres de viande. On ne peut pas dire que nous vivions dans une culture de la protestation. »
Certes non !
Dans le même entretien, postface à l’anthologie de poésie 2016, 50.000 frappes, il ajoute :
«  Si je suis dans la société comme un poisson dans l’eau, je ne peux absolument pas comprendre la situation dans laquelle je me trouve. Il faut une distance critique, une radicalité du regard – au sens d’une reconnaissance des causes – au lieu d’un regard ébahi sur les phénomènes ».

Cut-up pour le centenaire de la naissance de DADA

L’une des techniques utilisée pour aiguiser ce regard, s’émanciper du conditionnement et devenir poisson volant est celle expérimentée à la fin des années 1950 par William Burroughs jusqu’à la forme romanesque et Brion Gysin qui l’a même étendue au son. Elle est connue sous le nom de Cut-up (La découpe). Elle-même remonte à DADA dont nous fêtons cette année le centenaire de la naissance, en 1916 à Zurich. Les mots n’appartiennent à personne. Ils sont à tout le monde, disait William Burroughs. Toute la question est de savoir qui décide de leur définition. Dans un contexte qui a changé. Chez Kai Pohl, les cut-ups qu’il mêle avec des notices biographiques, des voix intérieures et des lambeaux de conversation sont en outre tirés d’Internet. C’est ce qui justifie sa présence dans l’exposition Papier 3.0 qui se tient au Séchoir à Mulhouse exposition ’qui s’interroge sur la place qu’occupe dans les processus de création d’aujourd’hui le papier dans une société de plus en plus dématérialisée et interconnectée.

Lecture performance

13 octobre à 20h, lecture-performance franco-allemande de Kai Pohl et Bernard Umbrecht à l’occasion de la sortie du livre 1964 dans le cadre de l’exposition Papier 3.0 au Séchoir (25, Rue Josué Hofer 68200 Mulhouse)

Pour recevoir 1964 (64 pages) de Kai Pohl avant sa sortie en librairie, en octobre 2016, voir toutes les informations utiles sur mediapop-editions.fr qui vous fera cadeau des frais d’envoi. Le prix du livre est de 7 euros.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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