Otto Dix à Colmar dans la proximité et la distance avec Matthias Grünewald

Rencontre littéraire et picturale autour de la relation de deux peintres de l’épouvante, l’auteur du Retable d’Issenheim, Mathias Grünewald, au 16 eme siècle, et Otto Dix, le peintre des guerres du 20ème siècle. D’abord avec un texte de la poétesse coréenne Kza Han qui, écrit en 2001, semble anticiper une visite de l’exposition qui se tient actuellement et que je suis allé voir au Musée Unterlinden de Colmar et dont on trouvera ensuite un compte rendu partial. Je remercie Kza Han pour m’avoir transmis son texte et plus encore pour m’avoir autorisé à le publier.
Otto Dix : "Ecce Homo II avec autoportrait derrière les barbelés", 1948

Otto Dix : « Ecce Homo II avec autoportrait derrière les barbelés », 1948

De hautes erres

Nuit close, le mal du pays se délivre du joug. Le regard perdu dans l’infini des cieux où la fleur bleue à peine éclose disparaît aussitôt, Novalis se murmure : « Où allons-nous ? Toujours à la maison. »
Dans le chaudron de Stalingrad semblable au cerveau en calotte glaciaire les soldats allemands célèbrent la Noël. Seules ces psalmodies s’emparent du champ de bataille illuminé de blanc : « Nous avons perdu notre pays natal à Stalingrad… », tel est le thrène d’Alexander Kluge. Sans écho, l’irrépressible nostalgie cherche en vain le chemin de retour. « Stalingrad, no man’s land ou le rire insensé du courage ! » Asger Jorn dissout en vain toutes les couleurs de l’antique peinture d’histoire dans le blanc de l’Ouest, blanc mat de la mort, sans retour au blanc de l’Est qui monte de la matité à la brillance. Stalingrad vit le huis clos à perte de vue, à force de rire aux éclats, crevassé de rouge et de noir, criblé de blanc. Si le noir imprime la volonté de vivre, le blanc exprime la volonté de mourir.
Vaguant à travers la Vendée dévastée par la Révolution – retour d’un astre au point d’où il est parti – Hölderlin s’éprouve au feu céleste, à la violence de l’élément, à la virtuosité guerrière. « Frappé par Apollon », une fois de retour au pays natal, il médite sur le « nationel » devant sa fenêtre éclairée de lumière philosophique :
Ihr Blüthen von Deutschland, o mein Herz wird
Untrügbarer Krystall, an dem
Das Licht sich prüfet, wenn           Deutschland und gehet
Beim Hochzeitreigen und Wanderstrauss.
Vous floraisons d’Allemagne, ô mon cœur devient
Infaillible cristal auquel
La lumière s’éprouve, si         Allemagne et s’en va
Dans la ronde nuptiale et le bouquet d’errance.
Derechef tournant le dos à Nürtingen où « tous les lieux sacrés de la terre sont réunis autour d’un lieu », il s’achemine vers l’olivier de Provence, arbre de lumière.
« Die Philosophie ist eigentlich Heimweh – Trieb überall zu Hause zu seyn. » / « La philosophie est proprement mal du pays – pulsion d’être partout à la maison ».
Cette contemplation nocturne, Novalis la recueille dans Le Brouillon Général qu’il considère comme sa bible. Quelque part des lézards enlacés sous la pierraille sont entrés en sommeil d’hiver avant de s’éveiller au printemps.
Chargé d’exécuter les panneaux d’un grand retable loin de Würzburg, sa ville natale, Grünewald parvient au couvent d’Issenheim en Alsace. Dans son atelier, corps à corps, il combat avec le corps du Christ semblable au corps des paysans frappés de l’ergot dont le ventre ne cesse d’enfler, les bras et les jambes se noircissent de tubercules éclatés. Pour les uns, Mathias Gothardt-Neithardt, pour les autres Mathis Grün ou Matthias Grünewald, obombré de sa sombre forêt, il appose sa signature ; toujours il enlace M et G, parfois surmontés de N, entre deux points, à équidistance, comme s’il voulait former une croix. Pour éviter tout contact avec les malades couverts de plaies sans les priver pourtant de la faveur du sacrement, on les plaçait au fond de la nef séparée par le grillage, puis par la barrière. S’y frottant le corps putréfié, ils s’abandonnèrent au corps stigmatisé du Christ en croix dans l’incommensurable vide. Le retable, est-ce l’étable où ils renaîtront après leur mort ?
Une fois de retour dans son pays natal, soupçonné d’être partisan de la guerre des paysans, il abandonne la cour d’Aschaffenburg. Mélancolique, solitaire, contemplatif, Mathis Grün erre çà et là, vivant de la vente d’onguents préparés selon une recette du couvent d’Issenheim. Parvenu à Halle où il veut construire une fontaine, il meurt de la peste avant d’être enfoui dans une fosse commune envahie d’herbes folles, hors les murs de la ville. Parmi les biens qu’il laisse ici bas en signe de passage figurent les habits de cour rouge carmin, costumes gris-violet ou rouge-violet, pantalon jaune d’or, chemises brodées d’or, anneaux et joyaux, un fichu de damas, pinceaux, une profusion de couleurs, terres et pigments alchimiques… Un volume avec vingt-sept sermons de Martin Luther, un panneau de retable : crucifixion avec Saint-Jean et la Vierge Marie.
Le retable d’Issenheim de Grünewald quitte pour toujours la chapelle votive gardée par des anges musiciens pour le couvent d’Unterlinden, pour l’Alte Pinakothek. En trophée de guerre, on l’exhibe en 1918 devant une foule avide de souffrance, d’angoisse, de consolation, avant qu’il ne retourne à Colmar au bout de deux ans de séjour captif à Munich. « La guerre est nouveau commencement », sous ce mot d’ordre, Otto Dix s’engagea pour le front en 1915, emportant avec lui la Bible et le Gai savoir de Nietzsche. Lui qui aspirait corps et âme au retable d’Issenheim, il parvient en 1945 au camp de Logelbach près de Colmar, comme attiré par un irrésistible champ d’attraction. Menant chaque jour la vie de prisonnier de guerre, il peint « La Madone aux barbelés » pour la chapelle du camp, dans un garage, dans un atelier ? Au sortir de la deuxième guerre mondiale, une fois de retour dans son pays natal, il s’attelle à « Ecce Homo » en écho à Ecce Homo de Nietzsche :
— sie kreuzigen den, der neue Werte auf neue Tafeln schreibt, sie opfern sich die Zukunft, sie kreuzigen alle Menschen-Zukunft !
— ils crucifient celui qui inscrit de nouvelles valeurs sur de nouvelles tables, ils se sacrifient l’avenir, ils crucifient tout avenir d’humains !
Voici « Ecce Homo II » : dans un rets de barbelés deux hommes sont pris. Mis à nu, troué de balles, l’un est agenouillé, la tête de l’autre émerge de nulle part, sans ciel ni terre. Sous une lumière violemment contrastée, leurs mains s’effleurent.
« Être à la maison, c’est en être réchappé » — tu retournes à Nantes au bord de la Loire, laissant en arrière Logelbach, rivière de ton enfance, tandis que je traverse en autobus la zone aéroportuaire de Roissy, ce no man’s land qui annule le natal et l’étranger. Sur la colline de mon enfance, nulle mélopée funéraire ne se répercute d’écho en écho, nulle fleur de pêcher ne s’éparpille au vent printanier. Dans la prunelle de nos yeux se reflètent les ombres du puits, de la chaumière, de la rivière, du chemin de terre, des vergers disparus. Cependant que les jeunes pousses d’acacia transpercent la montagne des ancêtres, hérissant d’épines l’accès, mon oncle dit sans détour : « Tout ça, c’est une montagne d’argent. »
« Le rêve est une seconde vie » — par une porte entrebâillée, je regarde ma mère et ma sœur desceller les tommettes de notre mansarde à la lueur d’une lampe à huile de ricin, y enfouir un baluchon détrempé d’antique lœss avant de repartir sans mot dire. Là où les restes de mon père sont ensevelis est mon pays natal.
Kza Han
( R.A.L. n° 75, 3e trimestre 2001)
traces-erratiques

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Cours de vie
KZA HAN est née en 1942 à Jungup, haut lieu des révoltes paysannes, dans le sud-ouest de la Corée ; elle a grandi à Bong San Dong, lieu de séjour de l’Oiseau Jaune au centre de la Corée, berceau du confucianisme. Licence de français à l’Université des Langues Étrangères de Corée (1964). Boursière du gouvernement français (1964-1968), elle prépare le professorat à l’IPFE, dans une aile de cette Sorbonne dont le fronton porte « Liberté, égalité, fraternité ». À la suite de Maïakowski, Lautréamont, Artaud, Jorn,… elle s’initie à la dérive, au dépassement de l’art et de l’économie politique (1965-1967). Maîtrise de Lettres Modernes sur Samuel Beckett (Nantes, 1974). Apprentissage de l’allemand en compagnie de F. Hölderlin, J. Roth, F. Nietzsche, A. Kluge… (1974-2007), tous ceux qui se risquent pour la perception, l’invention, la destination.
En 2007 paraissent en français, allemand, coréen Six comètes / Sechs Kometen consacrés à Alexander Kluge (revue Maske und Kothurn, Vienne). Douze corps célestes, ensemble pictural et poétique (français, allemand, coréen) consacré à Alexander Kluge, fut conçu par le peintre et plasticien 3D Ekkehart Rautenstrauch et la poète et traductrice entre l’automne 2009 et l’automne 2011. Cet ensemble a été présenté en 2012 à la Cité des Congrès de Nantes (Printemps des poètes, Occident / Orient), réalisé en janvier 2013 par la revue en ligne TK-21 (n° 18). Kza Han participe régulièrement à TK-21, cf. notamment : Ainsi s’en revient l’écho (ensemble poétique et iconique consacré à la Corée), Amers entre ciel et terre (n° 42) et Le 11, c’est le nombre du Tao (consacrés à l’île d’Yeu)…
Otto Dix est encore très peu connu en France. Sa reconnaissance a été tardive. Il y a peu de ses œuvres dans les musées nationaux. Je garde le souvenir de l’exposition Allemagne, les années noires en 2007-2008, au Musée Maillol, qui présentait plus d’ une centaine de dessins, aquarelles, tableaux des années 1913 à 1930, tous plus saisissants les uns que les autres. Dix y était en compagnie de Max Beckmann, Georges Grosz, Ludwig Meidner, images de la Grande boucherie de 14-18 et de la vie quotidienne sous la République de Weimar pendant que se préparait la tuerie de masse suivante. J’avais surtout en tête donc le journal de guerre – la première – d’Otto Dix. Je n’avais pas pris conscience qu’il avait aussi participé directement à la seconde.
L’exposition Otto Dix au Musée Unterlinden à Colmar ne fait pas seulement événement du point de vue d’une connaissance plus complète mais encore non exhaustive de l’œuvre du peintre, il s’y ajoute qu’il y est dans la proximité avec Mathias Grünewald et son célèbre Retable d’Issenheim, un polyptyque d’une puissance incomparable. Il ne s’agit pas seulement d’une proximité entre les salles du musée mais d’une proximité dans l’œuvre. Celle-ci a une longue histoire et n’est pas seulement formelle.
A gauche, Otto Dix,"Portrait d'un prisonnier de guerre"(1945) ; à droite un détail du Retable d'Issenheim

A gauche, Otto Dix, »Portrait d’un prisonnier de guerre »(1945) ; à droite un détail du Retable d’Issenheim

Lorsque Otto Dix peint ce Portrait d’un prisonnier de guerre (Otto Luick) en 1945, après avoir fini de fabriquer des portraits du Général De Gaulle, on sait avec précision qu’il a vu le Retable d’Issenheim à Colmar. Il y était lui-même prisonnier de guerre – de l’armée française – (et ce jusqu’en février 1946) dans des conditions éprouvantes, car «beaucoup d’entre eux vont mourir de faim, de froid et de mauvais traitements ». Les barbelés prennent la place de la couronne d’épines autour d’une même souffrance. Dix qui avait été enrôlé dans le Volkssturm en mars 1945 puis fait prisonnier en avril lors de l’avancée des troupes françaises au-delà du Rhin, vit l’expérience du camp d’internement. La couleur de l’uniforme des garde-chiourmes et leur nationalité, en l’occurrence, ici, française n’y change rien : derrière ces barbelés, on faisait fouetter jusqu’au sang des prisonniers par des prisonniers pour un morceau de pain volé.
Dix écrira à sa femme Martha en septembre 1945 :
« J’ai vu deux fois le Retable d’Issenheim, une œuvre impressionnante, d’une témérité et d’une liberté inouïes, au-delà de toute ‘composition, de toute construction, et inexplicablement mystérieuse dans les relations qu’elle entretient avec ses différents éléments ».
Ils auraient pourtant pu se « rater » une nouvelle fois. Le Retable avait été mis à l’abri dans le Périgord d’où les nazis l’ont rapatrié à Colmar après l’armistice de 1940, puis il fut protégé des bombardements alliés au Château du Haut-Koenigsbourg avant de retrouver le musée Unterlinden, où il était présenté depuis 1853. Il y fut à nouveau fut exposé à partir du 8 juillet 1945.
Otto Dix, né en 1891, l’avait-il vu avant ? On ne le sait. Qu’il en ait entendu parlé est quasi certain tant cet œuvre était devenue à partit de 1919 une « icône du patrimoine allemand ».
En 1916, la société Martin Schongauer, gestionnaire et fondatrice du Musée Unterlinden refuse d’envoyer le Retable à Berlin pour une exposition consacrée à l’art allemand. En février 1917, le polyptyque est expédié à Munich officiellement pour restauration. Il sera exposé, comme l’écrit ci-dessus Kza Han, «  en trophée de guerre » – c’était du moins l’intention des organisateurs- dans l’Alte Pinakothek de Munich. Mais entre temps, le Christ de Grünewald était devenu « prolétaire », la révolution de novembre 1918 était passée par là. Rien n’indique que Otto Dix ait vu le Retable à Munich. L’œuvre sera de retour à Colmar en septembre 1919. Le peintre avait été démobilisé en décembre 1918. Car la guerre, il avait voulu la voir et il l’avait vue d’on ne peut plus près. Il en a rendu compte avec un réalisme terrible comme d’une crucifixion des peuples. Avec ce même réalisme qu’il admirait chez Grünewald chez qui le Christ n’a rien d’un « danseur de ballet, beau et net, merveilleusement bien lavé » avec un turban d’épines tout beau tout net, il a la couronne défaite.
En 1918, paraissait en allemand les Trois Eglises et trois primitifs de Joris-Karl Huysmans dans lequel l’écrivain et critique d’art français écrit dans le texte consacré au Retable  :
« Avec ces buccins de couleurs et ces cris tragiques, avec ces violences d’apothéoses et ses frénésies de charniers, il vous accapare et il vous subjugue ; en comparaison de ces clameurs et de ces outrances, tout le reste paraît aphone et fade »
Cela pourrait s’appliquer à Otto Dix également.
La première partie de l’exposition concerne la réception du Retable d’Issenheim en Allemagne. Elle commence avant l’exposition de Münich et même avant la Première guerre mondiale. On y trouve notamment une crucifixion de Max Ernst qui date 1913, en fait une démultiplication de croix dans un ciel très obscurci, très sombre.
« Grünewald apparut dans l’art allemand comme le Christ de sa résurrection de Colmar » (Wilhelm Michel)
Il y devient comme « le saint protecteur » de la renaissance de l’art allemand dans la catastrophe. Cette renaissance vaut en son temps pour l’ingénieur hydraulique Mathias Grünewald lui même. Le Retable a été peint entre 1512 et 1516, période de guerres  et de folies, de profonds bouleversements, à l’approche de la Guerre des paysans. C’est aussi ce quelque chose qui semble unir les deux peintres par de là leur filiation formelle :
« Tout comme Grünewald avait réagit à la crise du début du 16ème siècle, Dix répond à la grande rupture culturelle de l’histoire allemande avec la sensibilité d’un sismographe, en imaginant des représentations nouvelles tant par le style que par la technique et le thème traité »
(Christoph Bauer : Otto Dix peint le Christ, mais lequel ? Catalogue de l’exposition page 75)
Les thèmes bibliques « sont des symboles de moi-même et de l’humanité » disait Otto Dix. Si pour Grünewald pointait la possibilité d’un renouveau du christianisme par la Réforme à venir, ne peut on imaginer que pour Otto Dix, lecteur de Nietzsche dès 1911, à l’âge de 20 ans, Dieu ait été mort ?
La découverte la plus étonnante pour moi est peut-être, dans cette optique, cette image mécréante de l’annonciation :
Otto Dix : "Annonciation (Urte)" 1950

Otto Dix : « Annonciation (Urte) » 1950

La nouvelle que l’ange Gabriel annonce à cette très jeune fille, presque une enfant, ce qui correspond à une vraie lecture du récit biblique dans lequel elle a douze ans, la laisse désemparée. Elle est craintive et semble dire à l’ange : je ne comprends rien à ce que tu m’annonces là, ce n’est pas une bonne nouvelle du tout. Paradoxalement, cette image de la distance avec Grünewald est celle qui sert pour l’affiche de l’exposition. Cette dernière gagnerait peut-être à exprimer mieux une pédagogie des différences comme elle le fait des ressemblances.

L’invisible tranchée

Un tableau devenu invisible, Tranchée (1923) fit de Otto Dix, par delà le scandale qu’il provoqua dans une Allemagne qui déjà se préparait à la prochaine guerre,  l’équivalent d’un nouveau Grünewald. Ils sont unis dans l’épouvante.
Otto Dix : "Tranchée" 1923

Otto Dix : « Tranchée » 1923

Cela se confirmera à l’évidence avec le triptyque La guerre qui en précise aussi les différences :
Otto Dix : Le triptyque de "La Guerre" 1932

Otto Dix : Le triptyque de « La Guerre » 1932

Contrairement à ce qu’il pourrait apparaître, dans les tableaux de Dix il n’y a pas d’abord Mathias Grünewald mais le vécu de Dix qui cherche à s’exprimer. Avec le triptyque ci-dessus, il réagit à l’oubli qui commence à s’installer en Allemagne. Je ne crois guère à l’idée cyclique de l’éternel recommencement. Quand bien même le jour recommence, nous ne sommes pas le lendemain ce que nous étions la veille. Et surtout, le jour ne se relève pas pour tout le monde comme on peut d’ailleurs le constater. Et comme le montre aussi le tableau Flandres peint en hommage à Henri Barbusse :
Otto Dix : " Flandres"

Otto Dix :  » Flandres »

Cette peinture fait référence à un passage du livre Le Feu
« A la place où nous nous sommes laissés tomber, nous attendons le jour. Il vient, peu à peu, glacé et sombre, sinistre, et se diffuse sur l’étendue livide.
La pluie a cessé de couler. Il n’y en a plus au ciel. La plaine plombée, avec ses miroirs d’eau ternis, a l’air de sortir non seulement de la nuit mais de la mer.
A demi assoupis, à demi dormants, ouvrant parfois les yeux pour les refermer, paralysés, rompus et froids, nous assistons à l’incroyable recommencement de la lumière ».
(Henri Barbusse : Le Feu (Journal d’une escouade) 1916. chap XXIV L’Aube)
Le « recommencement de la lumière » n’est pas une résurrection.
Il fallait tout de même oser peindre un tel tableau en 1934-36 en Allemagne. Dire à partir de là que Otto Dix est apolitique et non engagé comme cela est dit dans le catalogue ne veut vraiment et strictement rien dire. Il sera très vite après cela mis à l’index des dégénérés par les nazis
Le troisième étonnement enfin pour clore le partial compte-rendu de notre visite, en espérant vous avoir incité à effectuer la vôtre, porte sur l’extension  du domaine de la crucifixion à Friedrich Nietzsche :
Otto Dix : "Le crucifié (Nietzsche)" 1969

Otto Dix : « Le crucifié (Nietzsche) » 1969

« J’ai lu Nietzsche dès 1911 et me suis confronté en profondeur à ses points de vue. C’est pourquoi j’ai été en colère quand les nazis l’ont instrumentalisé, quand ils l’ont, avec leur théorie totalitaire du pouvoir, compris de travers, …n’ont pas voulu le comprendre » (Otto Dix)
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