Prix Max Jacob de poésie étrangère pour Volker Braun

Volker Braun

A l’occasion de la parution de son choix de poèmes, Le Massacre des illusions, à L’Oreille du loup, en 2011, traduit par Alain Lance et Jean-Paul Barbe, Volker Braun a reçu le 8 février
dernier le Prix Max Jacob de poésie étrangère. Nous publions ci-dessous le petit discours de remerciement du récipiendaire, petite évocation vivante d’échanges franco-allemands. Merci à Alain Lance

Bonjour, bonsoir Max Jacob

Cher monsieur Orizet, cher monsieur Khoury, mesdames et messieurs du jury,

Si, selon Apollinaire, la caractéristique du poète est de se laisser sans cesse surprendre, c’est ainsi que je me trouve devant vous : surpris et ravi par la décision de votre jury. Je vous remercie de m’avoir accordé le Prix Max Jacob de poésie étrangère pour notre livre Le Massacre des illusions.

La perception de mon travail en France, je la dois à ce qu’ont accompli depuis de longues années mes traducteurs Alain et Renate Lance et Jean-Paul Barbe. Ils me permettent une deuxième existence dans une autre et magnifique langue.

Mon écriture fut de bonne heure marquée par la tradition de la poésie française, comme en témoigne cet essai sur Rimbaud que j’ai écrit. Faire la connaissance de Philippe Soupault et me lier d’amitié avec les poètes d’action poétique furent des circonstances heureuses de ma biographie.

Un prix renommé a avant tout le noble objectif de rendre hommage à celui dont il porte le nom.

Max Jacob fut peintre et poète, un passeur entre des sphères d’existence et des périodes artistiques. Montmartre et le silence du couvent, la modernité et le mysticisme, l’intériorité et le fantastique : son œuvre est un Laboratoire central. Il a partagé une chambre avec Picasso et il est mort au camp de Drancy.

Son ami Apollinaire fut suspecté d’avoir volé la Mona Lisa – si immédiate semble la relation qu’entretient le poète avec la réalité, mais il ne la dérobe pas vraiment, il lui restitue les images, plus lumineuses, plus palpables, substantielles. C’est ainsi qu’elles perdurent.

J’ai lu pour la première fois Max Jacob dans l’anthologie réalisée par Enzensberger, Le Musée de la poésie moderne. Max Jacob a également prodigué de délicats conseils, que j’ai ignorés, et c’est plein de remords que j’en citerai un :

« Et ceci est le plus important : une œuvre ne vaut pas par ce qu’elle contient, mais par ce qui l’environne. Il faut que les mots Bonjour ! Bonsoir ! soient environnés par une immense philosophie de la nature, de la société, de l’astronomie, de la métaphysique, etc. C’est le secret des grandes œuvres. C’est aussi le secret des humbles chansons qui résument un peuple et son histoire. »

Bonjour, bonsoir Max Jacob.

Volker Braun

Je propose que l’on serve à Volker Braun une bonne douzaine d’escargots tout chauds (en souvenir de la soirée du 27 novembre 1979).

Et comme Il n’y a pas  meilleur hommage que l’on puisse rendre à un écrivain que de le lire, voici un poème tiré du livre Le Massacre des illusions

L’utopie

Elle n’a rien de mieux à faire que rien
Son boulot c’est la survie, au jour le jour
Figure fantôme au chômage, surgie du futur
Chantant à Soho ! Couchée sur des roses ! Un rêve diurne
De la marche verticale au cordon ombilical
D’une bière en boîte. LE PROGRÈS RÉSIDE
DANS LA CATASTROPHE. Il y a donc de l’espoir
Pour la lèpre. C’est une danse au matin
Avec l’âme du peuple, grands magasins incendiés
Elle, la réprouvée, n’a rien d’autre à faire que du mieux

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