Nathan Katz : de la Heimat à la haimet

Voici la deuxième partie de la conférence sur Nathan Katz que nous avons tenue Daniel Muringer pour la partie musicale et moi sous l’égide de l’association Schick’ Süd-Elsàss Culture et Bilinguisme, le 6 avril 2018.
La première partie est en format texte. Nous l’avions appelé l’ensmble D’r Nathan Katz un d’àndra en référence aux textes poétiques du poète sundgovien lui-même, d’auteurs que Nathan Katz a traduits en alémanique ou qui l’ont traduit en francais : E.A.Poe, Guillevic, Jean-Paul de Dadelsen, Shakespeare, Robert Burns, Alfred Tennyson, Rudyard Kipling, JP. Hebel. Ils ont été mis en musique par Daniel Muringer et ont ponctué la conférence. Nous avons également eu un invité surprise.

Daniel Muringer est un compositeur, musicien, interprète professionnel parfois victime de piratage de ses compositions et adaptations musicales. C‘est la raison pour laquelle il est largement absent de la video, si ce n‘est au détour d‘un cadrage. Il nous a néanmoins offert une chanson.

La conférence a eu lieu à la l‘école A.B.C.M. Zweisprachigkeit de Mulhouse. Les prises de vue sont de Raymond Sieffert que je remercie.

La seconde partie de notre conférence sur Nathan Katz débute par notre invité surprise Philippe Juen lisant un extrait de la pièce de Nathan Katz,  Annele Balthasar, en alémanique. Il s’agit de la toute fin. Le texte français se trouve sous la première vidéo.

Tu m’attends avec impatience, pauvre cœur !… Parce que je t’appartiens… tout à toi !… Parce que je t’ai appartenu, de tout temps… Parce que je t’appartiens pour l’éternité !… Nous nous sommes toujours appartenu, si bien que l’un a dû venir sur terre pour l’autre. Nous aurions pu nous aider à porter toutes les peines et toutes les joies… Pour qu’aucun de nous deux n’ait à dépérir sur cette terre froide, sans lumière et sans amour, où il se serait retrouvé seul. Nous sommes tellement faits l’un pour l’autre !… et maintenant il faudrait que tu restes seule ! sans cesse, tu m’appelles !… mille fois, j’entends ta voix … elle traverse tous les murs… elle traverse toutes les forêts… sans cesse tu m’appelles à te rejoindre… mon cœur… dans une vie au-delà de toute misère… dans la mort… C’est ce dont j’ai toujours rêvé : être ensemble… Être là auprès de toi dans cette grande vie qui palpite en tous les mondes, qui frémit à la pointe de tous les brins d’herbe. Être là… avec toi… pour toute l’éternité… là-bas, aucun humain ne peut nous séparer, aucune loi, ni rien d’autre !… Être libres !… Ainsi… pour l’éternité…
(Il ouvre la fenêtre. Des éclairs éclatent.) Tous ces éclairs !…
Comme tout cela est terriblement beau !…
(visionnaire, apaisé, plongeant son regard dans les éclairs.) Ici, c’est chez nous !… ma chérie, c’est chez nous, c’est la petite parcelle du monde [Haimet] où nous sommes chez nous ! »

Nathan Katz : Annele Balthasar Editions Arfuyen Traduction Jean-Louis Spieser

Dans l’extrait suivant, Daniel Muringer interprète la Chanson de la peste (Peschtlied) que Nathan Katz a inséré dans la pièce dont il est question :

Nathan Katz commence avec Annele Balthasar à développer une idée différence, beaucoup plus complexe, plus riche, plus multiforme de la Haimet, avec un contenu à la fois tragique et à mon avis utopique, ce mot n’a dans mon esprit rien de péjoratif. L’utopie part d’une question : il y doit bien y avoir autre chose que ce triste spectacle que nous avons sous les yeux. La haimet devient, et cette dimension est sensible dès le Galgenstülein, le lieu où cohabitent les vivants et les morts. Elle est aussi le lieu d’une responsabilité partagée.

Nathan Katz qui passe de la heimat à la haimet, de l’allemand à l’alémanique et donc associe au pays sa langue vernaculaire qu’il juge par ailleurs et à juste titre antérieure à l’allemand écrit et transfrontalier, développe une conception à la fois tragique et utopique de la haimet. La haimet de Nathan Katz est subjective, du moins donne-t-elle droit à la subjectivité en symbiose avec la nature. Elle est aussi toujours collective. Aïser Haimet.

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Une réponse à Nathan Katz : de la Heimat à la haimet

  1. Herbert Holl dit :

    Cher Bernard,
    Nous n’avons pas « Internet » chez nous, donc c’est
    au cyber que je consulte et enregistre vos splendides
    travaux. Et c’est sans le vouloir et le savoir que j’ai
    téléchargé les séquences de votre conférence méditative et
    le chant émouvant de Daniel Muringer. Emotion d’autant plus forte
    pour Kza et moi que la surprise fut totale.. En fait, je cherchais
    désespérément à copier et coller votre subtile « bifurcation  » Heimat / Haimet,
    et voilà comment le téléchargement fut…
    Levier et métamorphose sont convaincants. Si je considère
    parallèlement à la graphie les sons, cela m’évoque les paroles
    de Herder dans « Von deutscher Art und Kunst », quand il souligne
    les « sauts et tours » créateurs de « substantialité poétique » du chant
    populaire.
    Ainsi, le « a » ouvert de « Heimat », suivi d’un »i  » lui aussi relativement
    ouvert donne un « spondée » à l’accentuation presque égale, tandis que le « i »
    de la diphtongue alémanique est sans doute plus fermé.
    Le « e » de Haim’t, quasiment muet, donne l’élan d’un trochée à peine esquissé. Contraste accentué, donc, entre l’ouvert « plat », égal, et le « fermé » bondissant.
    Nur Winklein…
    Merci encore pour ce grand moment de pensée et de musique !
    Avec les amitiés de vos
    HK

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