« Avec science et avec cœur, Florilangues nous rappelle opportunément que, face à la dictature du semblable, le plurilinguisme est un recours. La France détient dans la floraison de ses idiomes l’une de ses richesses ; elle trouve dans leur protection et leur enseignement son honneur et, quand tout se globalise, une politique salutaire. »
Barbara Cassin
Bernard Cerquiglini
Je propose d’inscrire la citation, extraite de la préface, dans un contexte plus large, celui dans lequel les technologies numériques standardisent, homogénéisent, synchronisent (des-historisent) les relations sociales tout comme les langues et les idiomes. Je l’avais ‘avais déjà évoqué ici, à savoir que, comme l’écrivent Anne Alombert, Vincent Puig et Bernard Stiegler, dans l’ouvrage Bifurquer :
« Les algorithmes de Google tendent ainsi à soumettre les langages dits naturels aux contraintes de l’économie mondiale, éliminant les formes idiomatiques les moins calculables qui sont au principe de l’évolution diachronique des langues, donc de leur diversité et de leur historicité, – et court-circuitant les localités où se produisent les idiomes. » (Bifurquer. Éditions Les liens qui Libèrent. Chapitre Design contributif. p 251)
C’est écrit avant l’émergence de la pseudo « IA » générative. Mais venons-en à notre sujet proprement dit.
Cette anthologie, forcément sélective, constitue une ouverture vers les langues de France à travers leurs littératures. C’est un projet militant, des contributeurs à l’éditeur, mis en œuvre par le collectif Pour les littératures en langues régionales à l’école. Ce dernier s’est fixé un objectif simple : que l’école de la République accorde une place véritable à ces littératures, de Métropole et des Outre-mer, dans le cadre des cours de français. Dans un premier temps, une pétition a obtenu le soutien de nombreuses personnalités. Elle a recueilli à ce jour plus de 18 000 signatures avant de recevoir l’appui de Amin Maalouf, secrétaire perpétuel de l’Académie française. Pour finalement déboucher sur la réalisation de cet ouvrage à vocation pédagogique. Il rassemble 35 textes initialement créés dans 16 langues différentes : alsacien, basque, breton, catalan, corse, créole guadeloupéen, créole guyanais, créole martiniquais, créole réunionnais, flamand occidental, nengone (langue de l’archipel kanak), normand, occitan-langue d’oc, palikur (langue amérindienne de Guyane), picard et tahitien. Chaque texte est accompagné de sa traduction française, et contextualisé par la présentation des différentes littératures et de leurs autrices et auteurs. Le tout est précédé d’une introduction générale qui brosse un tableau global de la situation sociolinguistique de nos langues et des productions littéraires (roman, nouvelle, poésie, théâtre) dans leurs différents domaines. Elles s’échelonnent du Moyen Âge au siècle actuel. Le livre est préfacé par Barbara Cassin, philologue, helléniste, philosophe, docteure ès lettres en philosophie, médaille d’or du CNRS, membre de l’Académie française et par Bernard Cerquiglini, Professeur émérite de l’Université de Paris, vice-président de la Fondation des Alliances françaises, membre de l’Académie royale de Belgique.
Un point constitutionnel
Les préfaciers rappellent que si, certes, l’article 2 de notre constitution, ajouté en 1992 dit que « La langue de la République est le français », il convient de lire cela avec attention car cela ne veut pas dire que « le français est la langue de la République », de manière exclusive :
« Très subtile valeur de la différence entre sujet et prédicat : le prédicat est important, mais il peut y en avoir d’autres[…] Le français n’est jamais qu’un prédicat du sujet « la langue de la République ». C’est un prédicat essentiel, mais certainement pas le seul possible. Bref, il n’a rien d’exclusif. »
Ils ajoutent que ce pays « qui se rêvait monolingue » est en fait riche de la diversité de son plurilinguisme. Il est plus que temps d’admettre – et partant d’enseigner – que « notre nation est forte de sa diversité, et au premier chef de ses idiomes. » Idiomes qui s’expriment le mieux à travers leurs littératures. Depuis le Moyen Âge et jusqu’au XXIe siècle, des écrivaines et écrivains pensent et rédigent dans d’autres langues que le français, révélant une diversité culturelle injustement absente des programmes scolaires. Florilangues ne se limite pas à la métropole, mais comprend aussi des auteurs employant les langues des « Outre-mer » – ce qui constitue une innovation.
L’ouvrage est paru chez un éditeur indépendant, L’aucèu libre, qui s’est d’abord fait connaitre, il y a longtemps déjà, par ses publications en provençal, et qui depuis lors n’a jamais renoncé à œuvrer pour nos langues minorisées.
Liste des auteur.e.s
Sebastian Brant, Nathan Katz, André Weckmann, Jean Etxepare, Bernardo Atxaga, Itxaro Borda, Théodore Hersart de La Villemarqué, Pierre-Jakez Hélias, Goulc’han Kervella, Josep Sebastià Pons, Jordi Pere Cerdà, Renada-Laura Portet, Ghjacumu Thiers, Ghjacumu Fusina, Lucia Santucci, Sonny Rupaire, Élie Stephenson, Raphaël Confiant, Axel Gauvin, Christian-Pierre Ghillebaert, Alexandre Burane Trimari, Côtis-Capel, Jaufré Rudel, Belaud de la Belaudièra, Frederi Mistral, Joan Bodon, Bernat Manciet, Max Roqueta, Mas-Felipe Delavouët, Marcela Delpastre, Mauricienne Fortino, Alexandre Desrousseaux, Pierre Garnier, Renée Gence, Henri Hiro.
Littérature d’Alsace
J’ai très modestement participé au chapitre concernant la littérature alsacienne. Le groupe piloté par Daniel Muringer était encore composé de feu Jean-Paul Sorg. Nous avions travaillé sur cinq textes mais il n’en fallait que trois. Pour les trois retenus, il y a, d’une part, un extrait de la Nef des fous de Sebastian Brant (1458-1521), le chapitre intitulé Des richesses inutiles. Brant y dénonce autant la folie de l’acquisition superflue de richesses que la considération indue qu’elles suscitent dans l’entourage de ceux qui les détiennent, au détriment des pauvres, des sages et des instruits. On trouvera, d’autre part, un extrait de la pièce de Nathan Katz (1892-1981), Annele Balthazar. Dans l’extrait de la tirade finale, son amoureux, Doni, s’en prend à ceux qui ont accusé Annele d’être possédée, puis imagine un monde plus juste et plus libre. Enfin, André Weckmann (1924-2012) décrit dans Le cortège, « un monde étrange qui [lui] semblait vivre en vase clos, en tout cas déconnecté de la réalité alsacienne ». Deux autres textes avaient été proposés. D’Albert Schweitzer d’une part, un extrait de son autobiographie dans lequel il écrit : « C’est l’allemand qui est ma langue maternelle, pour la raison qu’est allemand le dialecte alsacien dans lequel s’enracine mon parler ». (A. Schweitzer : Ma vie et ma pensée. Traduction : Jean-Paul Sorg. Éditions AISL. Gunsbach 2017. P. 87). De René Schickele, d’autre part, un extrait de Rundreise des fröhlichen Christenmenschen dans lequel il décrit le Rhin comme le pli d’un livre ouvert, dont une page se trouve sur la rive gauche et l’autre sur la rive droite du fleuve.
Je vous propose ci-dessous le texte introductif sur l’Alsace, non seulement parce que nous sommes sur le SauteRhin, mais aussi à titre d’exemple de la manière dont le florilège est présenté. Toutes les langues sont ainsi introduites sous ce format. J’y ajoute des liens vers les auteurs abordés sur mon blog :
« La littérature alsacienne en deux, trois langues
La littérature alsacienne a ceci de particulier qu’elle s’exprime aujourd’hui tant dans la langue de Molière que dans celle de Goethe, ainsi que dans les différentes formes d’allemand dialectal (haut-alémanique, bas-alémanique, francique rhénan).Otfried von Weißenburg [Wissembourg] est le premier poète allemand à utiliser le tudesque (deutsch, soit « langue du peuple »), achevant son Evangelienbuch en francique rhénan vers 870. Au XIIe siècle, Herrade de Landsberg utilise le latin pour son Hortus deliciarum. Reinmar von Hagenau, à la fin du XIIe siècle, chante les amours malheureuses, suivi par quantité d’autres Minnesänger, dont Gottfried von Strassburg qui laisse son Tristan inachevé.
La Renaissance est l’âge d’or de la littérature alsacienne, la vallée supérieure du Rhin devenant un, sinon le centre de la vie culturelle allemande. En témoigne le rayonnement de la bibliothèque humaniste de Sélestat. C’est l’heure de Sebastian Brant, de Beatus Rhenanus (ami d’Erasme), de Georg Wickram et de Johann Fischart avec son Gargantua. Le siècle suivant est moins florissant : les ravages de la guerre de Trente ans (1618 – 1648), la brutale annexion du « beau jardin » par Louis XIV en 1648 n’y sont pas étrangers. On retiendra pourtant de Moscherosch (1601 – 1669) Unter Räubern (Soldatenleben). Le XIXe siècle marque dès son début un tournant avec l’utilisation de l’allemand dialectal, ou, si l’on préfère, de l’alsacien. Goethe collecte en Alsace des chants populaires ; comme ailleurs, l’intérêt pour la langue du peuple grandit. Georges-Daniel Arnold a recours au dialecte pour sa comédie bourgeoise qui inaugure le théâtre régional. Poètes, dramaturges et folkloristes, les Stöber père, Ehrenfried (« ma lyre est allemande, mon épée est française »), et ses deux fils poètes, Auguste (un Grimm alsacien) et Adolphe, occupent une place de choix dans la période. En 1898, Gustave Stosskopf écrit D’r Herr Maire, chef-d’œuvre du théâtre alsacien alors en plein essor. La pièce est l’objet, en 1939, du seul film « français » en alsacien.
À la veille de la Première Guerre mondiale, le cercle artistique co-fondé par René Schickele veut promouvoir une littérature à la fois alsacienne et européenne. Autre pacifiste et écrivain, le médecin humanitaire Albert Schweitzer.
Le siècle et demi qui nous précède voit apparaitre une myriade d’auteurs qu’il serait juste mais impossible de tous citer : Nathan Katz, Emile Storck, Claude Vigée, Marie Hart, Lina Ritter… Ces deux dernières sont expulsées de leur Heimat en 1918 parce que mariées à des Allemands. Beaucoup d’écrivains, parmi les plus récents, à l’instar d’André Weckmann, s’expriment dans les trois modes, le français à l’occasion, l’allemand standard en général pour la prose, parfois pour la poésie, qui est le plus souvent en « dialecte », celui-ci demeurant l’apanage de l’écriture dramatique. Bien qu’aujourd’hui le dialecte alsacien ne soit plus une langue populaire parlée massivement, des poètes inspirés continuent à l’écrire.
Pourquoi un Rhin nous sépare-t-il ?
Pour que nous puissions montrer
Comment construire des ponts. (Lina Ritter). »
La dernière citation est un haïku alsacien. En voici l’original, en alémanique :
« Worum trennt uns e Rhi ?
Àss mir zeige chenne,
wie me Brucke bäut »
Il a été question de la version filmée d’une pièce de Gustave Stosskopf. J’en profite pour rappeler que celle-ci connait une nouvelle vie.
Le film, D’r Herr Maire, (M’sieur l’maire), a été produit en 1939 par Félix Beaujon et réalisé par Jacques Séverac. Il vient d’être restauré, est disponible en DVD et a commencé à être présenté dans quelques salles de cinéma de la région.
Le DreylandDichterweg. Le sentier des poètes des trois pays
La littérature d’Alsace fait partie des langues régionales qui partagent une langue dépassant les frontières.
Le Sentier des Poètes des Trois pays, dont on vient de fêter, à Huningue, les dix ans d’existence, a pour singularité de traverser et relier avec la poésie trois pays le long d’un fleuve commun. Il se compose de 30 poèmes en version bilingue d’autrices et d’auteurs de trois nationalités répartis sur 27 stations et 3 panneaux d’information, de part et d’autre du Rhin. Un QR code permet de les écouter. Depuis le haut Moyen Âge, l’Alsace, le pays de Bade du Sud et Bâle sont étroitement liés par leur langue commune, l’alémanique. Le projet de ce sentier, qui a eu pour modèle celui de Munster, en Alsace, a été initié, conçu et développé par l’Association culturelle Elsass-Freunde Basel (les Amis de l’Alsace à Bâle). Sa réalisation a été menée en étroite collaboration avec les communes de Weil am Rhein, Huningue ainsi que le Département des travaux publics et des transports de Bâle-Ville, et grâce à leurs financements.
Nathan Katz et Mistral
Avant de quitter les rives du Rhin vers d’autres contrées et langues, une remarque encore. Nathan Katz a traduit, entre bien d’autres, de Frederi Mistral : La coutigo, une chanson dialoguée entre une mère et son fils. Il a de même transposé en alémanique, du catalan, l’espagnol Joan Maragall ( La légende de Jean Gari à Monserrat et La vache aveugle). J’ignore s’il existe dans les autres langues de tels échanges. Il serait intéressant de le savoir. Fréderic Mistral, rappelons-le, a obtenu le Prix Nobel de littérature en 1904 pour son œuvre en langue d’oc. Il figure bien entendu dans l’ouvrage dont-il est question et vers lequel nous faisons retour avec son célèbre Mireille (Mirèio)
Chansons
Puisqu’il vient d’être question de chanson, je signale que dans mon feuilleton sur la « Guerre des paysans », j’avais mis en avant deux chansons particulières datant de l’époque des évènements : celle du Rosemont, en langue comtoise et celle dite des Armagnacs sur le siège de Wattwiller, en langue germanique. Dans Florilangue, on trouvera L’canchon dormoire, plus connue sous le nom de « P’tit Quinquin ». Elle a été publiée en 1853. Devenue « l’hymne du nord », elle est l’œuvre de Alexandre Desrousseaux, et figure dans le florilège dans une traduction inédite d’Olivier Engelaere. Le début est bien connu : Dors min p’tit quinquin / Min p’tit pouchin / Min gros rojin /Te m’ f ’ras du chagrin / Si te n’dors point qu’à d’main. Mais connait-on le texte intégral ? Il ne manque pas d’une certaine épaisseur.
Restons au picard. Je ne résiste pas au plaisir de partager ce poème spatial de Pierre Garnier sur les différentes prononciations du pivert ou pic-vert, en idiomes picards.
Langues régionales ?
J’ai évoqué la dimension transnationale de l’alémanique. Cela s’applique bien entendu à d’autres langues. L’introduction précise que la notion de « langue régionale » est sujette à discussion.
« D’une part, la situation spatiale, souvent réelle, à laquelle l’appellation veut renvoyer ne correspond pas toujours à la réalité géographique et linguistique. Par exemple, l’occitan-langue d’oc s’étend non seulement sur plus d’une trentaine de départements français mais également jusqu’au nord de l’Espagne et sur une partie des Alpes italiennes. Il constitue donc une langue transrégionale ou extrarégionale et même transnationale. Idem à une moindre échelle pour le picard et le flamand occidental, que n’arrête pas la frontière avec la Belgique, ou encore pour le corse, parlé en Gallura, au nord de la Sardaigne, tandis que basque et catalan enjambent sans difficulté la frontière sud-ouest de la France. D’autre part, on peut se demander si la dénomination ne masque pas une volonté de minoration de la présence de ces langues »
Préoccupations partagées
L’interdit des idiomes maternels à l’école fait partie des préoccupations partagées entre les différentes régions. Ainsi Pierre-Jakez Hélias écrit-il dans l’extrait publié de Cheval d’orgueil :
« nos parents, surtout les Rouges, redoublent la punition de l’instituteur quand il nous a surpris à parler breton dans un endroit où il ne le faut pas »
Bon, mes parents, qui étaient rouges, ne sévissaient pas mais avaient fait le choix de parler français avec moi. Comme entre eux ils parlaient le dialecte quand le sujet de leur conversation n’était pas censé m’intéresser, j’ai tout de même été attiré vers l’idiome de mes grands-parents. Je suis de la génération, il est chic de parler français, le dialecte nous était interdit dans la cour de récréation.
Que de langues !
Je n’entrerai pas dans le détail de toutes les langues. Je me contenterai de pointer quelques généralités. A commencer par leur nombre impressionnant. Si l’on sort de l’hexagone, et c’est l’originalité de Florilangues de le faire, on constate, dans ce que l’on appelle aujourd’hui les départements et régions d’Outre-mer et collectivités d’Outre-mer (DROM-COM), une floraison linguistique encore plus foisonnante.
« La richesse linguistique des territoires d’Outre-mer français est particulièrement multiple et complexe : plus de 50 langues y sont répertoriées par le Ministère de la Culture. Pour simplifier grandement, disons qu’elles correspondent à deux catégories principales : d’une part les langues des populations autochtones, là où elles n’ont pas été exterminées (principalement dans les territoires du Pacifique et la Guyane française) ; d’autre part les créoles à base française, qui comptent le plus grand nombre de locuteurs (aux Antilles, en Guyane et à La Réunion). Il faut y ajouter des langues de type créole avec une autre base que le français (en Guyane) et le cas particulier des deux langues de Mayotte. Enfin, notons que d’autres langues ne figurent pas dans la liste ministérielle : par exemple les langues d’origine indienne, en particulier le tamoul et le gujarati, apportées par deux vagues d’immigration dans la deuxième moitié du XIXe siècle à La Réunion. Ces langues ultra-marines, majoritairement, n’ont pas de production littéraire écrite, alors que les traditions orales, éventuellement chantées, s’imposent comme une constante. Elles constituent d’ailleurs une des sources d’inspiration pour l’écrit, en particulier dans le Pacifique ».
L’archipel aux trente langues
Le nengone, ou p’ene nengone, est la langue kanak parlée dans l’île de Maré.
«L’archipel néo-calédonien, à lui seul, rassemble presque une trentaine de langues, répertoriées par le ministère français de la culture, soit 40 % de la diversité linguistique française ! L’Académie des langues kanak reconnaît quant à elle 40 langues. Toutes sont marquées par des traditions de culture orale plus ou moins abondamment conservées, mais n’ont que rarement produit des publications littéraires écrites, si ce n’est des transcriptions de contes traditionnels. La plupart des écrivains ont en effet choisi généralement la langue française, comme ailleurs dans les anciennes colonies devenues territoires d’outre-mer. Cependant, le début du XXIe siècle a vu l’éclosion d’auteurs qui ont résolument opté pour leur langue ancestrale et maternelle ».
Guyane
Le Rapport sur les langues de la France de Bernard Cerquiglini (1999) cite pour la Guyane douze langues qui répondent aux critères de citoyenneté et de territorialisation posés par la Charte européenne des langues régionales et minoritaires de 1992. Cette dernière n’a toujours pas été ratifiée par la France. Outre le créole guyanais, à base lexicale française, on trouve six langues amérindiennes, appartenant à trois familles : caribe, avec le kali’na (autrefois appelé galibi) et le wayana ; tupi-guarani, avec le teko (ou émerillon) et le wayampi (ou wayãpi), et arawak, avec le palikur (ou parikwaki) et l’arawak-lokono. On trouve aussi quatre langues bushinenge, dont trois à base lexicale anglaise, très proches entre elles : l’aluku (ou boni), le ndyuka, le pamaka (ou paramaka), et un à base lexicale anglo-portugaise, le saamaka (ou saramaka). Les locuteurs de bushinenge sont les descendants des Marrons du Surinam, esclaves révoltés qui ont fui les plantations et développé dans la forêt amazonienne des cultures afrodescendantes originales. Toutes ces langues, sauf le teko, sont transfrontalières, avec le Brésil ou le Surinam. Enfin le rapport cite aussi le hmong, dont les locuteurs, originaires du Laos, ont fondé deux villages en 1977 et 1978.
« Ces langues sont dépourvues de tradition écrite ancienne. […] Depuis les années 1970, on assiste à une floraison de publications, en langue locale ou en bilingue, de contes, récits et mythes de tradition orale ».
Tahiti
J’ai commencé par l’Alsace ce qui respecte aussi l’ordre alphabétique. Dans le même ordre d’idée je terminerai ce compte rendu qui ne se veut pas exhaustif, loin de là, par Tahiti. Cela nous permettra en outre d’aborder une thématique écologique en lien avec la perte des savoirs traditionnels. Voici donc un poème en vers libres de Henri Hiro (1944 – 1990), extrait du recueil bilingue Pehepehe i taù nūnaa / Message poétique
« Avec ironie, l’auteur transforme une activité quotidienne comme la pêche en une situation absurde et comique, mettant en évidence la méconnaissance alarmante des savoirs écosystémiques traditionnels chez les jeunes polynésiens. Ce problème est étroitement lié aux répercussions de la colonisation et de la mondialisation ».




Trois exemplaires de Florilangues disponibles à Hochstatt (16 euros). Voir avec Bernard pour adresse.