
L’affiche du film aux onze Oscars, Ben Hur, film du cinéaste né à Mulhouse en 1902, William Wyler De son vrai nom Willi Weiler. L’omnibus hippomobile à Mulhouse à la fin du 19ème siècle (photo de la Collection Section Histoire Soléa)

L’affiche du film aux onze Oscars, Ben Hur, film du cinéaste né à Mulhouse en 1902, William Wyler De son vrai nom Willi Weiler. L’omnibus hippomobile à Mulhouse à la fin du 19ème siècle (photo de la Collection Section Histoire Soléa)

Image de la partition de l’opéra parlé de Michael Jarrell Cassandre d’après le récit de Christa Wolf
« Après une longue et morne période sans rêve, j’en fis un à nouveau. C’était un de ces rêves auxquels j’accordai tout de suite une signification importante, sans le comprendre mais sans pouvoir l’oublier. Je marchais seule, dans une ville que je ne connaissais pas, ce n’était pas Troie, et pourtant Troie était la seule ville connue de moi. La ville de mon rêve était plus grande, plus étendue. Je savais que c’était la nuit, mais la lune et le soleil étaient en même temps dans le ciel, s’y disputant la suprématie. Quelqu’un, mais qui était-ce ? m’avait désignée comme arbitre : lequel de ces deux astres peut répandre la plus grande clarté ? Il y avait quelque chose de faux dans ce duel, mais en dépit de mes efforts, je n’arrivais pas à trouver quoi. Jusqu’à ce que, perdant courage et le cœur oppressé, je finisse par dire : n’importe qui le sait et le voit, c’est le soleil qui répand la plus grande clarté. Phoebus Apollon ! s’écria une voix triomphante, et au même moment, à mon plus grand effroi, Séléné, la bonne déesse Lune, descendit vers l’horizon en poussant une plainte. C’était un jugement porté sur moi, mais comment pouvais-je être coupable, car je m’étais contentée d’énoncer les faits. C’est sur cette question que je me suis réveillée. Incidemment, et avec un rire forcé, Je racontai mon rêve à Marpessa. Elle ne fit aucun commentaire. Cela faisait combien de jours que son visage s’était détourné de moi. Puis elle vint, me laissa voir ses yeux qui, Me sembla-t-il, étaient devenus plus sombres et plus profonds, et me dit : Le plus important dans ton rêve, Cassandre, c’était l’effort que tu faisais pour trouver quand même une réponse à une question tout à fait fausse. Voilà ce que tu ne devras pas oublier, si pareille situation se représente.Eumélos et la fin de l’hospitalité.
Et le cheval, alors ?

« Mot-clé : Cassandre »
Alètheia =vérité

Saint-Priest, Ange de : Encyclopédie du dix-neuvième siècle : Répertoire universel des sciences, des lettres et des arts : avec la biographie de tous les hommes célèbres. Paris : Librairie de l’Encyclopédie du XIXe siècle, 1883.
Une poétique des serpents

Hans Baldung Green : Allégorie figurant une femme tenant un miroir ainsi qu’un serpent un cerf et une biche (1529). Une femme au bord du précipice. Son corps ondulant évoque lui-même un serpent. Photo prise dans la rétrospective H,B.Green à Karlsruhe
Et la guerre ?

Doomsday Clock, l’horloge de l’apocalypse. « Nous exprimons désormais en secondes le temps séparant le monde de la catastrophe, non plus en heures ou en minutes », a déclaré Rachel Bronson, présidente et directrice générale du Bulletin of Atomic Scientists, lors d’une conférence de presse à Washington, jeudi 23 janvier 2020.
Crise des euromissiles
Anthropocène

Cassandre = « Contribution à l’élaboration d’un système d’aide à la décision pour la gestion des espaces naturels : application à la constitution des trames vertes au regard du changement climatique et de la dynamique urbaine »,


« Empêcher le naufrage causé par le réchauffement de la planète »
Liber evangeliorum, Das Evangelienbuch, Le livre des évangiles,
Cur scriptor hunc librum theotisce dictaverit
« Pourquoi l’auteur a écrit ce livre en langue populaire [i.e. en allemand] »

Relief en pierre représentant le poète Otfrid de Wissembourg. Photo Peter Christian — Originally created and uploaded to the http://en.wikipedia.org/wiki/Image:Otfrid.jpg by Pfold, CC BY-SA 3.0, Lien

Cur scriptor hunc librum theotisce dictaverit
Was líuto filu in flíze, \ in managemo ágaleize,
sie thaz in scríp gicleiptin, \ thaz sie iro námon breittin ;
Sie thés in íó gilícho \ flizzun gúallicho,
in búachon man giméinti \ thio iro chúanheiti.
Tharána dátun sie ouh thaz dúam: \ óugdun iro wísduam,
óugdun iro cléini \ in thes tíhtonnes reini.
Iz ist ál thuruh nót \ so kléino girédinot
(iz dúnkal eigun fúntan, \ zisámane gibúntan),
Sie ouh in thíu gisagetin, \ thaz then thio búah nirsmáhetin,
joh wól er sih firuuésti, \ then lésan iz gilústi.
Zi thiu mág man ouh ginóto \ mánagero thíoto
hiar námon nu gizéllen \ joh súntar ginénnen.
Sar Kríachi joh Románi \ iz máchont so gizámi,
iz máchont sie al girústit, \ so thíh es uuola lústit ;
Sie máchont iz so réhtaz \ joh so fílu sléhtaz,
iz ist gifúagit al in éin \ selp so hélphantes béin.
Thie dáti man giscríbe : \ theist mannes lúst zi líbe ;
nim góuma thera : \ thaz húrsgit thina dráhta.
Ist iz prósun slihti, \ thaz drénkit thih in ríhti ;
odo métres kléini : \ theist góuma filu réini.
[….]
Otfrid von Weißenburg Evangelienbuch Buch I Kapitel I. Edition Reclam

Extrait de la carte géolinguistique du Rhin supérieur publiée dans Atlas historique du Rhin supérieur publié sous la direction de Odile Kammerer aux Presses universitaires de Strasbourg (2019)
Un contexte conflictuel / La dédicace au roi Louis le germanique
au Traité de Meerssen, (870) dans lequel Charles le Chauve et Louis le Germanique se partagent la Lotharingie (Lotharii regnum ) partie nord de la la Francie médiane qui avait été dévolue à Lothaire 2 et séparée du nord de l’Italie au profit de son frère Louis II.

Cartographie : Martin Uhrmacher, extrait de M. Gaillard et al. (dir.), De la mer du Nord à la Méditerranée. Francia Media, une région au cœur de l’Europe (c. 840–c. 1050), Luxembourg, CLUDEM, 2011, p. 600.

La cartes compare les biens prêtés (ronds) et ceux qui se trouvent dans le pouvoir de disposition directe des abbayes (carrés) de Gorze près de Metz (en vert) et de Wissembourg (violet) en Alsace de 661 à env. 860. Source

Saisie d’écran du site du projet Internation
Greta Thunberg :
Territoires laboratoires
Pour un système mondial de la responsabilité
Mami Watta
Le SauteRhin vous présente ses vœux pour l’année qui vient et en particulier celui de trouver la capacité d’acquiescer à quelque chose, comme le suggère Nietzsche, c’est à dire, comme il ne le dit pas, pour que le vœu ne soit pas pieux, de participer à une métamorphose et à la construction d’un projet néguentropique (Voir ici) . Avec cet extrait du Gai savoir :
Nietzsche, Le Gai Savoir, Livre IV, « Sanctus Januarius », § 276
Puis vint la fée électricité

Raoul Dufy : extrait de la fée électricité 1937. Cliquez sur le lien pour en avoir une vue panoramique
De l’énergie
De la fonction industrielle des fleuves
Niagara du Rhin
Visite à la centrale hydroélectrique de Rheinfelden

A l’approche de la Centrale hydroélectrique de Rheinfelden. Côté allemand. La Suisse à droite de l’image

Vue de l’ancienne usine hydroélectrique de Rheinfelden mise en service en 1895 aujourd’hui détruite au grand dam des défenseurs du patrimoine. © Bildarchiv Foto Marburg / Foto: Scheidt, Thomas; Aufn.-Datum: 2010.10.09 – Rechte vorbehalten

La nouvelle centrale de Rheinfelden remplace celle construite en 1895, mise en service en 1898 jusqu’en 2003. A droite, une partie du dispositif de passe (échelle) à poissons.
Lors de l’installation de la nouvelle centrale, le gwild, ce biotope de formation calcaire a été réduit de moitié et la construction n’a pu se faire qu’en y adjoignant des échelles à poissons en guise de mesure « compensatoire ».La passe à poissons est à la fois un aveu des dégâts causés à la biodiversité et une tentative de réparation des ces derniers. L’usine hydroélectrique dispose de deux nouvelles passes à poissons ainsi que d’un bief de contournement. Ce dernier possède deux accès. L’ensemble doit garantir à un maximum de poissons de toutes les classes d’âge de trouver tout au long de l’année l’ouvrage de franchissement qui leur convient le mieux.
L’ancienne usine était équipée de 20 turbines Kaplan et Francis. Ici un vestige de l’une d’entre elles.
Rapport des forces

Emil Rathenau, le père de Walter Rathenau ministre des affaires étrangères de la République de Weimar qui fut assassiné en 1922 par l’extrême droite antisémite. Reproduction d’un tableau de Max Liebermann ,
Réseau de distribution

(Deutsches Technikmuseum Berlin, AEG-Archiv Source )
Nouvelles pistes

Johann Gottfried Tulla, ingénieur colonel badois : Carte hydrographique de la rectification du cours du Rhin Leen 1817
Dans son livre qui connut un grand succès, L’Alsace, le pays et ses habitants, Charles Grad, écrivain scientifique et député protestataire, présente les deux cartes ci-dessus, ici dans l’édition de 1889 aux éditions Hachette repris en fac-similé chez Contades, comme étant dues « à l’obligeance des ingénieurs hydrauliques ». Elles présentent les travaux du Rhin dans leur deuxième phase aux environs de Blodelsheim dans le sud de l’Alsace. Il commente les cartes ainsi :Rouge est la couleur de la faute
Non, Rhin, pas comme cela, so nicht, semble nous dire cette image. Tous ces pleins et déliés, n’importe comment, pas sur les lignes, et qui font des taches entre les boucles, il va falloir me corriger cela. Quand j’ai vu cette cartographie du Rhin et de sa correction future, cela m’a évoqué une écriture maladroite, gauche, voire écrite de la main gauche à une époque où l’on réprimait les gauchers, et le trait de plume rageur, à l’encre rouge des professeurs sur les copies d’élèves. Rouge est la couleur de la faute. L’analogie très subjective ne s’arrête pas là. Car il y a dans le rapport à la nature tel qu’on le concevait au 19ème siècle comme une attitude de maître d’école. Elle devait être corrigée voire domptée (gebändigt). Il y a bien sûr des raisons à cela mais le redressement, pour le policer, s’est fait au détriment des effets négatifs que cela allait entraîner.
Orthodoxie de όρθός orthós = en droite ligne, dans la bonne voie
En le passant par les verges et par les épis
Le passage par les verges était une punition infligée aux soldats. Le soldat puni passait entre deux alignements formés par ses camarades qui chacun lui donnait un coup de verge ou de pique. Cette punition a été abolie à la demande des réformateurs de l’armée prussienne au début du 19ème siècle. L’autre sens du mot correction. Image qui résonne étrangement avec celle d’un passage par les épis.
En résumé du traitement infligé au fleuve, ceci :Le Rhin du Dr Frankenstein
Le « fleuve de papier »

Carte des étapes de Castorius ou Table de Peutinger , centrée sur l’Alsace et le Rhin (fin du Vième siècle. La carte est ici orientée avec l’Est en haut. On peut y reconnaitre les Vosges (Silva Vosagus), Brumath (Brocomagus), Strasbourg (Argentorate, représenté par une construction), Horbourg (Argentovaria), Kembs (Cambete), Bourgfelden (Arialbinium), Kaiseraugust (Augusta Rauracorum, représenté par une construction) (Source)

Une tentative de représentation du Rhin au 16ème siècle Karte im Generallandesarchiv Karlsruhe über den Streckenabschnitt von Beinheim bis Philippsburg (Udenheim) von 1590 Generallandesarchiv Karlsruhe
La relation entre cartographie et fonction utilitaire des cours d’eau va se préciser au fur et à mesureAux origines de la question de l’espace et de sa géométrie.
Dieu appelle ce qui est sec terre
Espace, localisation et ordre = Nomos
Eau, en avant, marche !
« L’atterrissage de la géométrie »
En s’approchant :
Sur ce relief de la tombe montmartroise de l’Oberstleutnant (on traduit généralement lieutenant-colonel) / ingénieur Tulla, à côté du parchemin qui figure la correction du Rhin et posé sur son pli comme pour l’empêcher de se dérouler, se trouve un livre de géométrie, cercle, triangle, droite, carré et rectangle. Même le globe terrestre est enserré dans une structure géométrique et comme placée sur un pont. Vision d’ingénieurs, ces « idiots de la précision » (Durs Grünbein). Cela illustre ce que Augustin Berque nomme « l’atterrissage de la géométrie ». L’espace se substitue à la contrée, espace étant défini comme « la réduction virtuelle de tout lieu et de toute contrée à une métricité purement objective ». (Augustin Berque : l’écoumène. Belin)
Le groupe central des statues au musée à Sperlonga en Italie, comprenant l’« aveuglement de Polyphème ».

Coupe laconienne. Peintre du Cavalier, Sparte, vers 560-550 av. J.-C.. Argile jaune rosé à engobe blanc grisâtre, peinture noire lustrée, rehauts rouges (épieu, chevelures, taches de sang sur la cuisse de Polyphème) © Bibliothèque nationale de France
Droit et alluvions
La Gileppe, les infortunes d’une population d’insectes
« Alliés de guerre » en mode préservatif
Après consultation du comité scientifique du SauteRhin, c’est à dire de moi-même (le virologue est excusé), nous continuons notre
télétravail. Avec ce tract de crise épidémiologique.Préservatif = Qui a la vertu ou la faculté de préserver en parlant de remède.
« Portrait eines cholera präservativ Mannes aus Saphirs Zeitschrift: der deutsche Horizont » (koloriert) Staatsarchiv Freiburg A 66/1. Portrait d’un homme qui se préserve du choléra. (Source)
Vers 1826, le choléra fait son apparition en Inde, gagne Moscou et la Russie en 1830. Il s’agissait de la deuxième pandémie de choléra. A partir de 1830, ce qui était l’une des maladies infectieuses les plus craintes atteignait l’Europe centrale. En fonction des connaissances en vigueur à l’époque, on considérait qu’elle était transmise par contact physique avec un malade et par ses exhalaisons. Par de nombreuses mesures – désinfection au chlore, installation de quartiers de quarantaines – les autorités sanitaires du Grand Duché de Bade tentèrent de contrôler l’épidémie. Le plus souvent en vain. Le choléra a provoqué peur et effroi dans la population. Ces dernières ont, comme en tous temps et jusqu’à aujourd’hui, été exploitées par des charlatans préconisant non sans succès de nombreux remèdes plus ou moins insolites. Devant des recommandations contradictoires, et à défaut de savoir les discerner, il y a deux options : soit les ignorer toutes, soit les adopter toutes. C’est cette dernière possibilité qui a inspiré l’auteur autrichien Moritz Gottlieb Saphir (1795-1858) pour son journal satirique paraissant à Munich „der deutsche Horizont“. Pour mieux comprendre la caricature, l’auteur explique lui-même son dessin en ces termes :
« Un homme, une femme munis de tous les préservatifs doit se déplacer de la façon suivante. Autour du corps d’abord une peau de caoutchouc (Gummi elasticum), par dessus un gros emplâtre entouré des six aunes de flanelle. Dans le creux de l’estomac une assiette de cuivre. Sur la poitrine un gros sac de sable chaud, autour du cou un double bandage avec des baies de genièvre et des grains de poivre, dans les oreilles du coton imbibé de camphre, sous le nez, il a un flacon de vinaigre des quatre voleurs [en français dans le texte. En allemand Pestessig = vinaigre de la peste] et dans la bouche un cigare. […] Derrière lui attaché par une ceinture, il tire un chariot sur lequel se trouve une baignoire, quinze aunes de flanelle, un appareil pour bain de vapeur, une machine à fumage, huit brosses, dix-huit tuiles, deux fourrures, une chaise d’aisance et un pot de chambre. Sur le visage il lui faut encore un masque en pâte de menthe verte.
La description se termine par ces mots : Ainsi équipé et muni, on est sûr d’être le premier à attraper le choléra. »
Citation extraite de Claudia Eberhard-Metzger, Renate Ries : Verkannt und heimtückisch. Die ungebrochene Macht der Seuchen. Birkhäuser Verlag
La variante féminine se présente ainsi :
[Post Scriptum 2 : Jean-Paul Sorg me signale que le grand philosophe Georg Wilhelm Friedrich Hegel est mort de cette épidémie de choléra en 1831. C’est du moins l’une des hypothèses de son décès. Il y a une autre selon laquelle il aurait succombé à sa maladie de l’estomac. Ce type d’incertitude est présent aujourd’hui. J-P Sorg m’a envoyé aussi l’extrait d’un livre publié chez Rowohlt qui contient une caricature proche de celle ci-dessus et que voici.
Ce qui frappe bien sûr dans ces caricatures est qu’elles sont celles de préservatifs ambulants, il est question de corps en « déplacement » alors que nous vivons aujourd’hui une situation inverse de confinement. Drôle de mot d’ailleurs mais celui de guerre est pire encore.
CONFINEMENT, subst. Masc.
[Correspond à confiner2]
A.− Vieilli. Isolement (d’un prisonnier) :
1. Les quatre familles intéressées écrivirent à la cour pour solliciter la déposition, le confinement dans une forteresse, de l’homme convaincu de tant de désordres. Gobineau, Les Pléiades,1874, p. 219
B.− Fait d’être retiré; action d’enfermer, fait d’être enfermé (dans des limites étroites). Ma pensée reste captive entre Claire et moi, (…) et je vais dans le jardin pour échapper à ce confinement de la tendresse (Chardonne, Claire,1931, p. 203):
2. Jean-Jacques et Thérèse [logeaient] au quatrième. Il se trouva heureux. Il avait le goût du confinement. Il y avait en lui aussi, entre tant de personnages, un petit bourgeois rêveur et gourmand qui aimait ses pantoufles et les petits plats. Guéhenno, Jean-Jacques,En marge des « Confessions », 1948, p. 294.
Spéc. ,,Interdiction faite à un malade de quitter la chambre« (Méd. Biol. t. 1 1970). Le confinement à la chambre (A. Arnoux, Zulma l’infidèle,1960, p. 11).
C.− BIOL. Maintien d’un être vivant (animal ou plante) dans un milieu de volume restreint et clos.
Confiner2, c’est à dire la seconde acception du verbe confiner qui signifie aussi être très proche de. Confinement évoque la cellule du même nom dans les prisons ou l’enceinte dans les centrales nucléaires. Et l’interdiction faite à un malade de quitter la chambre. On confine donc les prisonniers récalcitrants, les produits radioactifs, les malades contagieux. Aujourd’hui, le confinement concerne des personnes non malades, en bonne santé mais potentiellement et a-symptomatiquement contaminantes. Ce renversement est inédit. On aurait sans doute mieux fait de confiner les personnes et les foyers de contamination infectés mais pour cela il eut fallu les tester, ce que l’on n’a pas fait ou rapidement cessé de faire en France à la grande différence de l’Allemagne. Mais ceci pourrait changer aussi. Il n’y a confinement que parce qu’il n’y a pas assez de tests. L’Allemagne, en l’occurrence le Land de Baden-Württemberg, avait rapidement entrepris d’« isoler » l’Alsace de son côté du Rhin, la considérant comme zone à risques en raison principalement de l’absence de tests (Informations disponibles sur le site de l’Institut Robert Koch, le centre de veille épidémiologique fédéral).
[Post Scriptum : le gouvernement du Bade-Wurtemberg a envoyé un courrier à tous les hôpitaux du Land en leur demandant de mettre à disposition des malades alsaciens les plus graves, des lits équipés d’appareils respiratoires. La Suisse a fait de même]
Si l’Allemagne a elle aussi pris des mesures de fermetures d’écoles, de « distanciation sociale », que Frédéric Neyrat appelle un « séparatisme de contrôle», on n’y avait pas considéré jusqu’à présent qu’une Ausgangsperre (littéralement interdiction de sortie) généralisée apporte un bénéfice supplémentaire. Mais c’était là un point de vue de virologue. Au fur et à mesure de l’extension de l’épidémie, les Laenders se rapprochent des modalités de confinement qui sont les nôtres. Ils ont des marges d’autonomie en matière de gestion sanitaire et peuvent anticiper des décisions fédérales comme cela avait été le cas pour la « fermeture » des frontières. Il y a aussi la pression de l’opinion publique. Cela dit, leur système sanitaire a subi les mêmes avaries néolibérales que le nôtre.
« Pour prévenir les infections et sauver des vies, le moyen le plus efficace est de briser les chaînes de transmission. Et pour cela, il faut dépister et isoler.
Vous ne pouvez pas combattre un incendie les yeux bandés. Et nous ne pouvons pas arrêter cette pandémie si nous ne savons pas qui est infecté par le virus.
Nous avons un message simple pour tous les pays : testez, testez, testez.
Testez tous les cas suspects. »
(Allocution liminaire du Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé , OMS, lors du point presse sur la COVID-19 – 16 mars 2020)
Des tests, encore faut-il en avoir. Au lieu de cela, on isole les non dépistés. Sous la surveillance des drones de la gendarmerie alors que la police commence à contrôler le contenu des charriots à la sortie des supermarchés. Ces produits sont-ils vraiment de première nécessité ?
Être en résidence surveillée, en bonne, ou relativement bonne, santé, prisonnier de n’avoir rien, ni rien fait, est donc le sort de ceux qui sont désignés comme des « alliés de guerre » selon l’expression du Ministre de l’intérieur. Les actes de soin, les précautions et mesures préventives de santé fussent-ils, de crise, sévères ne sont pas des actes de « guerre », n’en déplaise au Président de la République qui a utilisé sept fois le mot. La « guerre » signifie la suspension des actes civiques. Il n’y a plus de civils dans la « guerre ». Drôle de « guerre » dans laquelle les fantassins sont envoyés au front tout nus, selon l’expression du chef des médecins régulateurs du Centre 15 dans le Haut-Rhin, avec ses « brancardiers », les étudiants en médecine, organisés de « manière martiale » selon l’expression du doyen de la Faculté de médecine de Strasbourg, avec ses « héros de l’ombre » (sic) : les supermarchés. Et à tous ceux-ci, la patrie reconnaissante ! Or, voilà que l’on passe de la guerre à l’état d’urgence sanitaire. On se demande qui panique.
Le « confinement » pose la question de la capacité à le supporter, indépendamment ?- peut-être pas – du degré de coercition qui l’impose, question qui avait déjà préoccupé Blaise Pascal. On n’en retient en général qu’une seule phrase : « tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre ». L’ensemble du passage, intitulé divertissement, mérite d’être relu. Comme nous avons du temps, le voici.
Divertissement
« Quand je m’y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s’exposent dans la Cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j’ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s’il savait demeurer chez soi avec plaisir, n’en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d’une place. On n’achète une charge à l’armée si cher, que parce qu’on trouverait insupportable de ne bouger de la ville. Et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu’on ne peut demeurer chez soi avec plaisir. Etc.
Mais quand j’ai pensé de plus près et qu’après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs j’ai voulu en découvrir la raison, j’ai trouvé qu’il y en a une bien effective et qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près.
Quelque condition qu’on se figure, où l’on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde. Et cependant, qu’on s’en imagine accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher. S’il est sans divertissement et qu’on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu’il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point. Il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent des révoltes qui peuvent arriver et enfin de la mort et des maladies, qui sont inévitables. De sorte que s’il est sans ce qu’on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets qui joue et qui se divertit
De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n’est pas qu’il y ait en effet du bonheur, ni qu’on s’imagine que la vraie béatitude soit d’avoir l’argent qu’on peut gagner au jeu ou dans le lièvre qu’on court, on n’en voudrait pas s’il était offert. Ce n’est pas cet usage mol et paisible et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition qu’on recherche ni les dangers de la guerre ni la peine des emplois, mais c’est le tracas qui nous détourne d’y penser et nous divertit.»
Blaise Pascal : Pensées
A propos de lectures, pourquoi pas de la poésie ? Donnez-nous notre poème quotidien. On peut pour cela suivre le fil utile pour confinés de Poezibao avec un reportage sur le 250ème anniversaire de la naissance de Hölderlin , Hörlerlin pour qui on peut aussi bien tomber vers le haut que vers le bas. Ou le collectif Pou qui collecte les poèmes du Grand confinement de 2020.
La question des mots justes est plus essentielle que jamais. Les éditions Gallimard proposent quotidiennement des tracts de crise
« Alors qu’aujourd’hui « les événements ont cessé de faire grève », comme l’écrivait Jean Baudrillard en d’autres circonstances (2001), l’écrit a plus que jamais sa place pour nous aider à employer les mots justes ; les mots justes qui nous saisissent autant qu’ils nous libèrent.»
Aux élèves confinés, la Nation apprenante : révisez avec France Culture
A Mulhouse :